101. — D’un amoureux de la poésie

S’il est un homme qui vécut pour et par la poésie, c’est bien Bernard Delvaille (1931-2006). Cette passion s’exprima dans ses propres recueils, certes (il sont désormais rassemblés en un volume), mais aussi dans les critiques qu’il consacra, ici et là, aux œuvres des autres, notamment celles qu’il livra, durant plusieurs décennies, au Magazine Littéraire. Et puis, comment oublier qu’il dirigea la prestigieuse (et mythique) collection de chez Seghers, « Poètes d’aujourd’hui » ?

Cette poésie, on la trouve aussi dans ses rares romans (La saison perdue, Les derniers outrages), ses nouvelles (Séparés, on est ensemble) et surtout dans les pages de ses trois volumes de Journaux. Dans ces écrits intimes se dessine un homme en marge. Une marge qui échappe aux contours traditionnels. Delvaille y évolue délibérément hors du temps, vaguement démodé. C’est ainsi que son goût le porte vers les salons de thé où l’on déguste, dans le calme, non seulement des pâtisseries fines, moelleuses et raffinées, mais aussi quelques pages de Guez de Balzac, ce prosateur du XVIIe qui fut l’un des grands fondateurs du style « à la française ». C’est ainsi, encore, que sa singularité lui fera rechercher les bars louches et autres « clubs » interlopes, à la condition toutefois que l’on y trouve des corps désirables et si possible sublimes. Car Delvaille a la passion des étreintes, passion aussi puissante que celle des œuvres d’art. Aussi écume-t-il les musées. Les musées mais pas seulement : librairies et salles de concerts lui sont fréquentations familières.

Et puis l’homme est un anglomane de haute volée, qui est à Londres comme chez lui et ce depuis sa chère et riche jeunesse – bien que d’autres villes lui parlent intimement, et pas n’importe lesquelles : Paris, bien sûr, mais aussi Ostende ou Venise. De ces villes il sut rendre excellemment les charmes. Car Delvaille, en poète consommé, aime les mots. Son écriture est d’une extrême finesse ; précise, discrète ; tout en harmonie. On le lit avec saveur, comme l’on dégusterait une viennoiserie dans le hall d’un hôtel de luxe européen.

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