106. — De quelques éclairants retours

Le hasard des lectures nous conduit parfois à d’éclairants retours sur le passé, lesquels nous permettent d’engager une réflexion sur des situations tout ce qu’il y a de plus actuelles.

Réflexion tout d’abord sur la distinction auteur / écrivain. Se souvient-on, par exemple, que jusqu’au XVIe siècle (hier, donc), c’est le terme « auteur » qui est utilisé pour désigner l’homme de plume concepteur de quelque œuvre ? Certes, le mot d’ « écrivain » est également en usage, mais il désigne le scribe ou le copiste.

Nous appuyant sur cette distinction, il ne nous paraît pas déraisonnable d’étiqueter aujourd’hui « écrivain » le romancier sans véritable qualité littéraire (la médiocrité n’excluant nullement le succès de vente, bien au contraire). Ainsi peut-on dresser un constat en ces premières décennies du XXIe siècle : beaucoup d’écrivains, peu (pas) d’auteurs.

Réflexion ensuite sur le roman. Se rappelle-t-on que, jusqu’au XIXe siècle, le roman représente la forme la plus dégradée de l’écrit ? (En cause, semble-t-il : la pratique du feuilleton et l’engouement du peuple pour ce genre d’écrit de fiction). C’est en effet la poésie, c’est le théâtre (comédie, tragédie, drame) qui bénéficient du plus grand prestige. C’est ainsi que les créateurs d’origines sociales élevées s’orientent vers ces deux genres, tandis que les classes populaires s’orientent vers le roman.

Au XXe siècle et en ces premières décennies du XXIe, c’est toujours le roman qui a la faveur de l’écrivance, renforçant le médiocre statut de l’écrivain, tandis que l’on cherche désespérément l’écriture qui fait le prestige de l’auteur.

Réflexion enfin sur la formation de ce qu’il est convenu d’appeler nos « élites politiques ». A-t-on gardé en mémoire que, dès la fin du XIXe, c’est l’Ecole Normale Supérieure qui rayonne en France ? Son prestige, ensuite, ne cesse de croître et, en 1924, ce sont neuf normaliens qui s’installent au Palais-Bourbon (dont Blum, Herriot et François-Poncet). Aux Législatives suivantes, leur nombre passe à treize, sur-représentés à Gauche. Il n’est pas rare, au surplus, qu’ils occupent la Présidence du Conseil, tels Herriot (1924-1925) ou Paul Painlevé (deux présidences successives), lui-même entouré de normaliens dans les divers cabinets (Finance, Marine, Enseignement technique, Beaux-Arts) – une même imprégnation pouvant être observée dans les secrétariats et sous-secrétariats d’Etat.

Désormais, on le sait, de cette élite politique formée à l’Ecole Normale Supérieure, ne reste rien. La nouvelle « élite » est issue de l’Ecole Nationale d’Administration, avec les tragiques conséquences que l’on peut observer. Bons rhétoriciens, piètres politiciens, les énarques sont l’illustration même d’une impuissance – impuissance à améliorer les conditions de vie des citoyens et à faire fructifier le bien commun.

Distinction auteur / écrivain, engouement pour le roman, baisse de niveau de nos « élites », sujets de réflexion tous trois liés à la culture, cette culture qu’il devient vital de préserver, d’entretenir, de développer.

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