11. — LE SECRET

Et certains soirs cherchant
Le pourquoi, le comment
De ma présence au monde
Et de ce qui l’enchante

Dans la vallée de l’Orb
Tout près d’un vieux lavoir
Où s’essorent les rêves
Un chemin qu’empruntaient
Prestement tes parents
Conduisait vers un champ
De lavande odorant
Un mas de pierres grises
Attendait les amants
Plus loin c’étaient les vignes
Et leur étagement
Une immobilité
Où rôdait le Mystère
Et l’énigme d’un temps
Qui se nomme Avenir

La cloche de l’église
Retentit dans le jour
Qui vient juste de naître
Mais que célèbre-t-on
En ce beau mois de mai ?
Tous les balbutiements
D’une bouche entrouverte
Tous les miroitements
D’un candide regard
Les gestes attentionnés
D’une mère avisée
Qui ne laisse rien perdre
Des gestes de l’enfant
Surtout pas le vertige
Au bord de la falaise

Tu ouvres l’enveloppe
Comme on naît dans un cri
Tu aimes la clarté
Des champs à oliviers
Des chemins qui les strient
Depuis la nuit des temps
Le souffle d’un enfant
Sur un anniversaire
C’est un passage ouvert
C’est la sublime brèche
Malice d’un regard
Tu ne maîtrises pas
Les larmes de tendresse
Faiblesse de l’orgueil
Dans sa marche indomptable

Tu voudrais bien scier
Cadenas et barreaux
De tes prisons intimes
Le fouet de la mémoire
Te fait presser le pas
Mais que reste-t-il donc
Qui n’est point évoqué ?
L’intimité d’un corps
Un corps glorieux de fille
A genoux sur le lit
Dos droit et nuque fière
Une Eve en son Eden
Se jouant du serpent
Avant que ne se prenne
Le long bain du plaisir

Stupeur, désir ardent
La déesse des ceps
Est habile à calmer
Tous les fourmillements
Intimes de ton être
Puis tu tournes la tête
Vers la fenêtre ouverte
Sur le secret du monde
En haut un champ d’étoiles
En bas la terre sèche
C’est comme si sonnait
La fin de toute chose
En cette vie si belle
Si pleine de surprises
Que la tête m’en tourne

Et certains soirs cherchant
Le pourquoi, le comment…

2 Comments

  1. Caroline Sépius
    Caroline Sépius 4 mai 2021 at 18 h 54 min . Reply

    De même qu’ Horizons intérieurs révélait en creux ta personne,
    je te retrouve tel qu’en toi-même dans ces beaux poèmes pleins
    de sensibilité et de belles images.
    Caro

  2. Pierre C.
    Pierre C. 5 mai 2021 at 11 h 36 min . Reply

    L’homme que tu fus s’estompe au lointain et le poète – aux vers libres ! – chante l’élan poignant de le retrouver dans le clair-obscur nostalgique du souvenir.
    Parfois, au détour d’un vers, le coeur du lecteur se serre.

    Je crois bien avec Hölderlin que : « Les poètes seuls, fondent ce qui demeure ».

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