110. — D’un acteur du sacré

En cela semblable à son confrère Jacques Dufilho, pas de séparation chez Michaël Lonsdale entre la foi (le catholicisme) et la vocation (le théâtre, le cinéma) – il est vrai que, dans les deux cas, foi ou vocation, il s’agit d’appel (« vocare »). Rajoutons à cela une sorte de puissance sereine et une forme de douceur mystique, et nous tenons là l’essentiel du personnage.

Comme pour Dufilho encore (Milady, Pétain…), on ne l’identifiera pas forcément à ses plus grands films (Des hommes et des dieux), plutôt aux films commerciaux (Hibernatus, Moonraker). Pourtant, Lonsdale est l’homme des expérimentations et des aventures. N’a-t-il pas, en effet, préférant de toujours l’innovation de son temps à la reitération des classiques, participé, en vaillant petit soldat, à l’avant-garde théâtrale des années 60 (Ionesco, Beckett, Duras…) ?

Duras, ce patronyme plusieurs fois évoqué à son sujet, renvoie, certes, à une joyeuse amitié ; mais il renvoie aussi au film qui aura le plus marqué le comédien (Les nuits de Calcutta) car il lui offrit un rôle au cours duquel il put hurler sa douleur dans un moment de sa vie où la mort rôdait autour de lui, fauchant un trop grand nombre d’êtres chers.

Dieu, quels chemins dut emprunter le petit cancre intériorisé avant que les grands réalisateurs ne fassent appel à lui, les Truffaut, les Mocky, les Robbe-Grillet, les Jean-Jacques Annaud, les Jean Eustache, les Welles… A l’origine de sa vocation d’acteur : Tania Balachova, qui fit sortir de sa coquille le jeune homme timide, renfermé, pudique, inhibé.

La qualité privilégiée chez les êtres qu’il rencontre ? L’intelligence du cœur. Les maîtres-mots qui guident son travail ? Liberté, disponibilité. Acteur d’instinct, comme il se définit lui-même, il ne construit pas son personnage ni ne travaille un rôle. C’est la lecture du texte, seule, qui le conduit là où il doit se rendre.

Sans doute est-ce cette singulière pratique du métier qui lui donne cet apparent détachement ? Ou alors ce détachement est-il plutôt dû à la grande lucidité du personnage ? Car Lonsdale sait que les prestations de l’acteur ne sont que séances de thérapie pour grands malades. L’acteur, à ses yeux ? Un homme qui a du mal à supporter la vie et à se supporter soi-même. Alors, les vies imaginaires, les identités de passage lui donnent un semblant d’équilibre. Pour un temps du moins.

2 Comments

  1. Domi
    Domi 4 février 2019 at 14 h 48 min . Reply

    Je ne crois pas que Lonslade restera davantage pour son rôle dans le James Bond, plutôt que pour son rôle dans Des hommes et des dieux. Et je ne crois pas que Dufilho restera davantage pour son rôle de militaire dans Les Charlots plutôt que pour son Pétain. Ce qui m’incite à dire ça, c’est que de Galabru on parle (presque) autant de son rôle dans Le juge et l’assassin que de celui du gradé dans la série des Gendarmes.

  2. Paule S.
    Paule S. 4 février 2019 at 15 h 14 min . Reply

    Qui allait aussi à la messe, outre Dufilho et Lonsdale, il y avait Claude Rich. Laurent Terzieff aussi. Laurent, je le voyais assez souvent, la soixantaine passée et jusqu’à sa mort, entrer à l’Eglise Saint-Germain-des-Près, dans le VIe. Il priait, se recueillait, méditait. Et il se rendait à la messe tous les dimanches. Cuny était plus ambigu : fortement imprégné de catholicisme, il prétendait à la fois ne pas savoir prier et ne pas pouvoir se passer de prière. Et puis il allait de temps à autre déjeuner avec des dominicains, dans leur couvent Saint-Jacques, situé près de chez lui ; il passait de longs moments devant une toile de jeunesse de Nicolas de Staël qui ornait leur bibliothèque. Lors du tournage du Crabe-Tambour, Rich et Dufilho se rendaient à la messe ensemble, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Voilà, tu sais tout de ces comédiens « anarchistes mystiques » ; des caractères indépendants, au fond, des esprits libres, et qui sont, peut-être, tout simplement restés fidèles à la foi chrétienne de leur enfance.

Post Comment

CAPTCHA *Captcha loading...