115. — De l’amitié aventureuse

Du roman de José Giovanni, Les aventuriers (1960), deux films furent tirés. Le premier, signé de Robert Enrico (1967), garda le titre du roman ; le second, réalisé par José Giovanni lui-même, prit pour titre La loi du survivant (1967).

Si le mot fraîcheur peut-être accolé à un film, c’est bien à celui de Robert Enrico. Tout au moins, jusqu’à ce que les trois adaptateurs (Enrico, Pelegrini et Giovanni) ne décident de faire disparaître le personnage féminin, Laetitia (la belle Johanna Shimkus), revêtue d’un scaphandre, dans les abysses océaniques. A quoi et dû le charme qui émane de ce film ?

On trouve tout d’abord dans Les aventuriers, un éloge évident de la marge (le goût des trois personnages pour des activités singulières : Manu est un adepte des acrobaties aériennes, Roland travaille sur un prototype qui a tout du dragster, Laetitia sculpte de la ferraille), en même temps qu’une critique larvée du Système (perceptible dans le comportement superficiel des invités lors d’une exposition). On trouve ensuite une exaltation très apparente de l’aventure (recherche d’un trésor enfoui près des côtes du Congo) en même temps qu’une solidarité dans l’amitié (on se serre les coudes dans l’échec et la déception). A cela se rajoute une fine exposition de la complexité des sentiments éprouvés par les uns et les autres (le cœur de Laetitia penche-t-il vers Manu ou vers Roland?).

Mais la fraîcheur de ce film tient surtout à la franche camaraderie qui unit les trois personnages (on avance épaule contre épaule). On note, ainsi, que Manu, Roland et Laetitia se maintiennent à la lisière d’une adolescence mentale qu’ils mettent un point d’honneur à retenir, ne souhaitant surtout pas la voir s’achever, gardant leurs rêves fous, les entretenant, même, regardant au delà du bleu du ciel (Manu et ses loopings), comme au-delà du bleu de l’océan (la recherche folle d’un trésor).

Collaboration plus qu’heureuse ici entre l’écrivain José Giovanni (par ailleurs aussi réalisateur de films) et le cinéaste Robert Enrico.

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