117. — D’une littérature enflammée

Avec Dominique de Roux, grand est le danger de s’en tenir non pas à quelques banalités mais à quelques généralités ciblées. Car l’homme appelle les discours convenus, commodes pour le circonscrire – et même l’emprisonner dans de diaboliques enfers.

Oui, indéniablement, de Roux fut un authentique esprit libre. Les auteurs qu’il fréquenta (Pound, Gombrovick…), qu’il rencontra (Allen Ginsberg…), auxquels il s’intéressa (Michel Bernanos…), qu’il loua (Céline, Georges Bernanos…), étaient toujours d’essence singulière, intellectuellement différents, parfois même très éloignés idéologiquement (De Gaulle, Mao Tsé-Toung…).

Oui, indéniablement, de Roux fut un « guérillero des Lettres » comme il n’en exista que très rarement. En cimaise de ses combats : la restauration de l’hypothétique Empire portugais. Au plus lamentable de ses échecs : tenter d’annexer Malraux à sa lutte désespérée. Entre les deux : son soutien public à la cause palestinienne (1971).

Oui, indéniablement, de Roux, en amour, est l’image parfaite du fidèle non exclusif. Fidèle (de cœur) à son épouse Jacqueline, c’est incontestable. Mais amoureux enflammé par ailleurs. « Un grand amour se situe toujours entre Adolphe et Les liaisons dangereuses », confie-t-il. Sa correspondance, rassemblée sous le titre Il faut partir, témoigne de ces embrasements : Christiane Mallet, Evelyne Creed, Madalena de Sacadura Botte. Dans l’un de ses aphorismes inédits, de Roux écrit de la Littérature : « On ne peut qu’y parler de la présence ou de l’absence de la femme. »

Mais, sans nul doute, l’important se situe ailleurs. Après avoir, en effet, lu Maison jaune et La jeune fille au ballon rouge, peut-on encore croire (espérer ?) en la survie du genre romanesque ? De cette dernière fiction, les ultimes chapitres (« Clandestin au Richemond » et « Mourir admirablement à Genève ») constituent ce que nos professeurs de Lettres, jadis, appelaient des « joyaux ». Au-delà de leur éclat, de leur brillance, ils irradient non comme des bijoux, plutôt comme ces dangereuses substances chimiques après quoi rien ne repousse ni ne grandit, sinon amputé de ce qui en fait la nature même, fondamentale.

Guérillero des Lettres, donc ? Certes. Pour ce qui concerne le roman : assurément un spécialiste du dynamitage.

3 Comments

  1. Fourcassié
    Fourcassié 10 mars 2019 at 18 h 49 min . Reply

    Merci de rappeler avec tant de perspicacité sa brève et incandescente existence.

  2. Giordano Bruno
    Giordano Bruno 10 mars 2019 at 21 h 52 min . Reply

    Je n’ai jamais lu D. de Roux. Il est vraiment fréquenté (je veux parler de son oeuvre) par un cénacle étroit (pardonne la tautologie). Je ne connais pas grand-chose de lui… Je ne sais pas si je lirai un jour. A l’occasion, pourquoi pas ?

  3. Arnaud B.
    Arnaud B. 11 mars 2019 at 12 h 00 min . Reply

    De Roux, un écrivain impossible. Mais tu réussis à donner envie de le lire.

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