118. — De la nature humaine

Nous naissons pourvus d’une nature particulière – elle inclut le caractère – qui donnera une certaine inflexion à notre vie. De la même manière, nous naissons dans un type de corps qui influera aussi sur notre cheminement. Certes, notre nature se modifiera au cours du temps en fonction des expériences et des épreuves, et l’on peut, le cas n’est pas rare, sculpter son corps de manière à le transformer. Quoi qu’il en soit de ces changements, l’essentiel de notre bagage originel demeure. L’éducation, incontestablement essentielle dans la formation d’une personnalité, de même que les riches rencontres, ne viennent contribuer à former l’être que par surcroît. Il y a un être là immuable, celui des origines, qui ne changera pas. De ce propos, les généticiens sont garants.

Dans cette perspective, s’interroger sur la racine des goûts littéraires des uns et des autres n’est pas sans intérêt. Tel individu se dirigera vers une littérature psychologique à forte dominante existentielle ; tel autre vers une littérature engagée ; tel autre vers le roman noir, tandis que celui-ci, depuis son plus jeune âge, se complaira dans le roman d’aventure ou dans les répliques acidulées du théâtre de Boulevard. Ainsi, contrairement à l’idée reçue, nous nous dirigeons vers une littérature qui nous ressemble dès l’abord, c’est-à-dire une littérature liée à notre nature intime, et ce n’est que très rarement qu’une lecture, au cours d’une vie, nous influencera véritablement – même à l’adolescence où la nature, fragilisée, est malléable.

Ainsi nous croyons-nous libres alors que notre nature et notre corps nous guident. A d’aucuns cela est difficile à accepter – et même à entendre – à tel point que se voiler la face est devenu leur attitude habituelle. Il ne s’agit surtout pas de leur jeter l’anathème : miser, en une vie, sur l’éducation et la culture est, de toutes les façons, la meilleure attitude – et le meilleur choix – qui soit.

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