119. — De la double figure janusienne

Il est, en France, des intellectuels dont certains dits « philosophes » (rappelons qu’un authentique philosophe crée des concepts), prompts à s’engager pour une destitution d’un régime (le plus souvent situé au Proche ou Moyen-Orient) dès lors que s’allume le moindre feu de révolte dans la contrée la plus reculée du pays ; ce sont, alors, les invocations grandiloquentes à la démocratie ; c’est l’appel à l’intervention onusienne, d’autres discours encore, plus saugrenus les uns que les autres. Mais constatons que, de ces mêmes intellectuels, n’émanent aucune invocation, aucun appel, aucun discours musclé appelant à la démission lorsque, durant plusieurs mois, dans leur propre pays, dans les grandes villes, dans la Capitale, la violence devient la seule réponse à un exécutif sourd devant la paupérisation de son peuple.

Alors, curieusement, s’impose à nous la figure double de Janus, hélas, dans son aspect le plus négatif qui soit. Car ce personnage mythique, s’il possédait, certes, deux visages, n’en était pas moins, par certains aspects, digne d’intérêt. C’est ainsi que Januspater (un « père, donc »), serait le plus ancien des dieux. Toujours cité avant Jupiter, il est celui qui joue le rôle de créateur, offrant des opportunités aux uns et aux autres, et, dans un même ordre d’idée, se révélant « semeur », initiateur. Ce n’est certes pas son rôle le plus connu, lequel, on le sait, est de garder les portes du ciel (« Jupiter ne peut entrer ni sortir sans moi »). On voit, du coup, ce qui l’éloigne de nos intellectuels va-t-en guerre (on les a vus encourager les interventions militaires en Irak, en Libye, en Syrie…) qui eux, seraient davantage garants des portes infernales. Celles qui s’ouvrent sur les incendies, les conflagrations, les brasiers, les destructions humaines .

Les deux faces présentées par Janus, au surplus, indiqueraient que le dieu se tourne à la fois vers le passé et vers l’avenir. Ce passé, hélas, nos « pseudos » ne le veulent qu’amputé des pans qui dérangent l’idéologie à laquelle ils sont inféodés ; l’assumer, oui, ils veulent bien, mais partiellement. Quant à l’avenir, ils s’en font les spécialistes, tel ce devin délirant, jadis conseiller de Mitterrand et devenu intime de tous les chefs d’Etat qui ont suivi. L’avenir ? Une vision politique « mondialisante », dans laquelle les grandes puissances financières, maîtresses des Temps et du Monde, dirigeraient entièrement la planète, pour l’intérêt de quelques uns (« L’Etat mondial », notion inspirée de L’Etat universel de Ernst Jünger – Gallimard).

Un penseur avisé a écrit quelque part qu’un intellectuel qui se propose d’être utile (pire encore s’il se décide à agir) s’habitue peu à peu à mentir. Payés pour trahir les causes justes et généreuses, nos intellectuels à deux visages, dès lors qu’ils s’expriment, s’engagent ou influencent les Gouvernants, font courir à l’humanité un grand risque : celui d’ajouter de la confusion à la confusion, de la névrose à la névrose, du chaos au chaos.

One Comment

  1. Francis L.
    Francis L. 29 mars 2019 at 18 h 44 min . Reply

    Bien écrit, bien analysé.
    J’apprécie ce billet consacré au double visage de Janus.

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