125. — De l’espérance

À Françoise B.

L’espérance est à distinguer de l’espoir. Alors que l’espoir nous met dans un état d’attente confiante, l’espérance nous donne à penser que ce que l’on désire peut se réaliser. Autrement formulé : dans l’espoir mon expectative me laisse entrevoir l’assurance d’un horizon, tandis que dans l’espérance ce que je souhaite réalisable est entrevu comme possible.

Dans la religion catholique, l’espérance est une vertu théologale ; elle soutient dans l’épreuve (souffrance, malheur, maladie…) ; elle aide à supporter les moments difficiles. Mais en nos temps d’effacement progressif de la spiritualité (tout au moins en Occident), l’espérance concernera surtout le progrès matériel, la justice sociale, une répartition plus équitable des biens.

Car c’est ainsi : l’horizon spirituel de l’homme s’est estompé. Les individus se sont enfermés dans des prisons qu’ils ont construites de leurs propres mains, et comme rien ne leur est plus difficiles que de se retrouver face à eux-mêmes, ils cherchent dans le désir de consommation de quoi s’enivrer afin de s’oublier.

C’est que nous avons désappris, à-demi paralysés dans l’engluement matérialiste, que l’homme est un pèlerin. Et la vertu d’espérance est la vertu suprême du pèlerin ; la vertu de celui qui est en marche et pense au but vers lequel il se dirige. L’homme moderne continue de marcher, certes, mais il ne sait plus trop vers quoi. Il erre sans but. Ou s’il a jamais eu un but, il ne sait plus lequel.

Dans son ouvrage confidentiel, Demi-jour, Jacques Chardonne consacre quatre lignes à l’espérance. En homme qui refuse l’illusion, il la laisse là où elle est, à distance : « L’espérance, je l’ai vue chez l’ingénu progressiste, dans des sectes d’illuminés, chez plus d’un fanatique ; je n’en demande pas ma part. Tout est possible ; grandes vacances. »

2 Comments

  1. Françoise
    Françoise 22 mai 2019 at 22 h 10 min . Reply

    J’ai remué bien des pensées en lisant ce dernier texte de ton blog.
    Espoir et espérance sont en effet à distinguer.
    L’espoir est un mot employé facilement et son objet est souvent matériel, perçu accessible, réalisable.
    L’espérance est un mot bien moins usité et révèle de celui qui l’emploie son intime, son secret, son idéal, son « espoir aveugle ».
    L’espérance a une aura spirituelle indéniable.
    Espoir et espérance projettent dans le futur, le premier est souvent proche, ponctuel, le second plus éloigné, tout un programme…
    Gide espérait « mourir désespéré » rassasié d’avoir goûté la vie à satiété ; son espérance modela sa vie.
    Les dernières pages de l’inachevé « Le premier homme » de Camus se terminent sur « l’espoir aveugle que cette force obscure qui pendant tant d’années l’avait soulevé au-dessus des jours…lui fournirait aussi, et de la même générosité inlassable qu’elle lui avait donné ses raisons de vivre, des raisons de vieillir et de mourir sans révolte. » Magnifique espérance en partie exaucée : Camus ne vieillit pas…
    A chacun son espérance, sa « mesure ».
    Quant à moi, j’aime la chanson de Cohen et son fragile équilibre « like a bird on the wire, I have tried to be free. »

    J’ai aussi envie de commenter la citation de Chardonne, sans connaître suffisamment l’auteur et ignorant le contexte. J’avance donc avec prudence et t’interroge aussi.
    « Tout est possible; grandes vacances ». La pirouette verbale de ce joyeux repos éternel est précédé de « tout est possible ».
    Il fuit en bonne logique, les illusions, utopies, idéologies,les fanatismes. Ce « tout est possible » est-ce « n’importe quoi ? » ou bien un sage arrêt sur le pas à ne pas franchir, celui de dire l’impossible d’un possible ou vice versa le possible d’un impossible ?

  2. Francis L.
    Francis L. 25 mai 2019 at 13 h 10 min . Reply

    Mon sentiment dans ce domaine tient en peu de mots ; une formule toute simple :
     » L’espoir fait vivre, l’espérance fait rêver. « 

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