128. — D’une égérie des sixties

Pierre Bénichou lui présenta Jacques Wolfshon, directeur artistique chez Vogue, qui, à son tour lui présenta Jacques Dutronc, alors son assistant. Le tour était joué, une chanteuse était née. Une (brève) carrière pouvait commencer.

Avant cela, Danièle Ciarlet, dite « Zouzou la twisteuse », avait beaucoup fréquenté les clubs : Castel, Régine, le drugstore des Champs Elysées… Une noctambule invétérée. Il est vrai qu’elle pouvait (presque) tout se permettre : elle était devenue bachelière à quatorze ans. Jet-setteuse, les journaux l’aimaient bien, qui l’interviewaient plus que de raison. Véritable princesse des nuits parisiennes, Jean-Jacques Schuhl l’évoque dans son petit livre pour happy few, Rose Poussière.

Plus tard, on la verra dans bon nombre de films (elle en tourne cinq avec Philippe Garrel, dans lesquels elle partage la vedette avec Jean-Pierre Léaud, Pierre Clémenti ou Garrel lui-même). Mais la fille pratique le dilettantisme. Ce qui l’intéresse avant tout : vivre son présent, croquer la vie à belles dents, se désaltérer à toutes les sources, même (surtout ?) les plus brûlantes. Un rôle dans lequel, cependant, elle irradie comme un diamant lui fut offert par Eric Rohmer (L’amour l’après-midi).

Mais, sans nul doute, l’intérêt de la twisteuse androgyne est ailleurs. Dans ce qu’elle est fondamentalement ; dans ce qu’elle est intimement. Une titi de Paris tellement attachée à « sa » Bastille qu’elle répugne à la quitter, sauf pour quelque voyage épicé (Londres, le Maroc) ou lorsque se révéla indispensable de s’éloigner (les Antilles) de la Capitale afin de régénérer un organisme miné par les excès. Une fille libre qui ne s’en laisse pas compter et qui accepte (pour un temps) tout ce qui se présente ou s’offre à elle (model chez Catherine Harlé, pourquoi pas ? chanteuse chez Vogue, pourquoi pas ? actrice chez Garrel, pourquoi pas ?) mais toujours pour un temps. Car cette reine de la nuit était une insouciante qui vivait au jour le jour, se prêtant à tous les jeux, même les plus dangereux (elle tâta de la barricade en mai 68, de la cellule à Fleury-Merogis au tout début des années 90).

Zouzou, c’est l’égérie de notre underground ; c’est notre Nico, notre Marianne (Faithfull), notre Edie (Sedgwick).

One Comment

  1. Jerome North
    Jerome North 10 juin 2019 at 13 h 34 min . Reply

    Je ne vous connais pas cher monsieur (je suis tombé sur votre blog en effectuant des recherches sur le Stoïcisme — vous y consacrez un billet, de même qu’à la « philosophie à la croisée des chemins »), mais votre obsession de la liberté d’esprit qui vous fait passer de Julien Green (ou Paul Morand) à l’Underground new-yorkais (ou cette semaine à une « twisteuse ») force l’admiration — en même temps qu’elle interroge.
    Très cordialement.
    Jerome North

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