129. — Du recueillement

Vivre hors de nos temps – nos temps horribles – est impossible, sauf à s’isoler entièrement sur une île improbable ou à grimper au plus haut de la montagne de Zarathoustra. Notre combat individuel, du reste – c’est une question de dignité –, ne doit pas nous conduite à fuir cette société bel et bien gangrenée, mais plutôt à préserver notre intégrité au milieu du déprimant et mortifère marasme.

Préserver notre intégrité suppose que l’on renforce, solidifie ce que les Stoïciens appellent notre « principe directeur », lequel s’appuie sur quelques principes et valeurs immuables ; préserver notre intégrité suppose ensuite que l’on meuble toujours davantage notre « espace de civilisation intérieure », ceci grâce aux lectures et relectures. Le tout constitue cette inébranlable citadelle intérieure contre laquelle les tempêtes du dehors ne peuvent rien.

Pour résister aux affres, il importe aussi de s’accorder le temps de faire retraite en soi. Certes, la conversation intime avec soi-même, le recueillement, sont devenus difficiles (il faut en créer l’occasion) dans un monde devenu d’une violence inouïe (dans la rue et, mêmement, dans l’entreprise). Cette violence, ne doit-on chercher qu’à s’en éloigner ? qu’à l’oublier ? Comment lutter contre elle ?

Le recueillement, c’est l’évidence, est davantage aisé lorsqu’il est pratiqué dans la solitude et le silence. Mais il est cependant possible d’en créer les conditions en tout lieu et en toute circonstance, même dans le bruit et l’agitation des villes. Le recueillement n’est le privilège de personne : tout un chacun peut y accéder. Simplement, il ne faut pas redouter la lumière – l’éblouissement qu’elle provoque ; il ne faut pas redouter de se retrouver seul avec soi. Car se retrouver seul avec soi, c’est retrouver sa vraie densité et sa vraie dimension. Ce qui peut, sinon effrayer, en tout cas déstabiliser la personnalité fragile.

One Comment

  1. Francis L.
    Francis L. 21 juin 2019 at 17 h 26 min . Reply

    Ce billet sur le recueillement et la retraite en soi m’a bien plu.
    Mais, faire abstraction de ce monde trépidant devient presque un exploit athlétique.

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