130. — D’un protestataire

C’était un homme de rigueur. Tout au long de sa vie il en fit preuve dans deux domaines étrangers qu’il aura conciliés : le scientifique et le spirituel. C’était aussi un homme de conviction : il pensait l’homme perfectible, les Béatitudes constituaient son viatique.

Sa pensée reste actuelle, ses combats plus que jamais sont de nos temps ; car Théodore Monod dénonçait un monde aliéné à Mammon, menacé par le nucléaire (non seulement militaire mais aussi civil), déstabilisé par les bouleversements climatiques provoqués par l’homme même.

Habité de l’idée que la terre aurait pu (dû) rester le paradis des origines, le naturaliste alertait les consciences (une sorte de « lanceur d’alertes »), prêchait, non sans vigueur, la réconciliation de la nature et de l’homme. Végétarien, il pratiquait tous les ans au mois d’août un jeune de protestation, commémorant à sa façon la destruction d’Iroshima et de Nagazaki.

Homo religiosus de lignée protestante (« Un protestant, c’est quelqu’un qui proteste », disait à peu près Joseph de Maistre), l’Adrar mauritanien fut son évêché. Un évêché qu’il parcourut de nombreuses fois à dos de chameau. La chose est connue : dans le désert on est au plus près de Dieu. « Le désert aide à voir mieux les choses. Tout est caché et en même temps offert. », confiait-il.

Fidèle jusqu’au bout à la pureté du message évangélique, Théodore Monod ne comprit jamais vraiment que l’on dresse un mur entre la science et la religion. « La science élargit et enrichit ma foi », disait-il. La philosophie de vie de l’auteur de Méharées pourrait peut-être se ramener à cette formule : Comprendre, s’émerveiller, rendre grâce.

2 Comments

  1. FRANCIS
    FRANCIS 25 août 2019 at 16 h 38 min . Reply

    Intéressant ce billet sur Théodore Monod car il comble un oubli. En effet, ce grand humaniste, naturaliste n’est plus référencé si l’on peut dire. Cela est d’autant plus regrettable que l’oeuvre de Théodore Monod est riche d’enseignements.
    J’ai relu cet auteur fin 1997 et un souvenir resurgit inopinément en relation avec ma situation en ce temps-là. J’ai donc apprécié « Maxence au désert » qui relate une des premières méharées de cet insatiable voyageur du désert. Par un curieux hasard, la veille de Noël, je subissais une intervention chirurgicale et mon jeune chirurgien se prénommait Maxence

  2. Pierre C.
    Pierre C. 25 août 2019 at 20 h 25 min . Reply

    Voici un réconfortant et sensible hommage.

    « Comprendre, s’émerveiller, rendre grâce » : merveilleux viatique que tu nous proposes là, à travers la personne de Théodore Monod.

    Ce dernier, par conséquent, compte au nombre, fort petit, des êtres humains qui tiennent la vie pour un précieux présent, et qui donc, tout au long de leur vie, essayent sans relâche d’en prendre soin et de chérir de toute leur âme.

    Merci Théodore, merci Raymond, cette lecture a remis à jour dans mon esprit d’anciens territoires auxquels depuis trop longtemps j’avais tourné le dos.

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