134. — De l’un de nos Jules

Les Jules foisonnent en notre littérature. Excellents dans le roman : Barbey et Romains ; dans le journal intime : Renard et Goncourt ; en poésie : Supervielle et Laforgue ; dans la geste populaire et sociale : Vallès et Bonnot. A cette énumération fournie, cependant, manque un Jules. Inclassable, du reste : Roy.

La vie lui avait sculpté un masque de patricien romain. Et l’on aurait pu penser que la proximité de sa belle demeure avec la cathédrale du Vézelay aurait fini par le rendre sage. Il n’en fut rien. Sage, il ne le fut jamais. Esprit libre, plutôt. Pas vraiment chahuteur : indomptable. Un temps annexé par la Gauche (ce pied-noir milita pour l’indépendance de l’Algérie et dénonça les tortures subies par les rebelles), elle le bouda lorsque, envoyé par L’Express en Chine, il souligna les dérives du régime de Mao-Tse-Toung.

Ses modèles nous sont connus : Vigny, certes, mais aussi Kessel et Saint-Ex. Et puis Camus, dont l’oeuvre, trop lourde, fut pour Roy des plus inhibantes. Curieusement, la mort du Nobel, au lieu d’enfermer l’écrivain dans un chagrin paralysant, le délivra. L’oeuvre véritable, dès lors, pouvait vraiment se développer. L’oeuvre véritable, c’est-à-dire le récit de soi, de sa propre vie, narrée sans relâche – transposée ou pas.

A vrai dire, l’intérêt pour le récit autobiographique commence tôt, à la fin de la guerre, avec cette véritable dénonciation de l’institution militaire, La vallée heureuse – roman qui, du reste, faillit coûter au soldat Roy la révocation de l’armée. Saga familiale ensuite (adaptée pour la télévision), dans Les chevaux du soleil, avec une histoire des Français de l’Algérie, de 1830 à 1962. Autobiographie encore avec un hommage à la génitrice, Adieu ma mère, adieu mon cœur. Journaux intimes enfin, dont le dernier volume, Années de braise, couvre la décennie 1986-1996.

Dans la vie bien remplie de cette personnalité hors-format, un quadruple échec cependant : celui de son entrée à l’Académie Française. Lorsque l’on voit qui, désormais, siège en l’auguste institution, on se dit que l’échec de Roy est plutôt bon signe. « L’Académie est faite pour les gens qui n’ont rien écrit, déclare Chadonne. Elle accueille des  » personnages  » ». D’une certaine manière, l’échec mondain préserve l’écrivain. Et, mêmement, l’homme.

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