145. — D’un inévitable durcissement

Jadis, la politique avait sa symbolique forte. Simpliste, peut-être, mais on ne peut plus explicite : la Gauche, c’était la main sur le coeur, la Droite, la main serrée sur le porte-feuilles. Les choses ainsi simplifiées, il était aisé d’y voir clair et de s’y retrouver. Aujourd’hui, les repères sont abolis : la Gauche ne sait plus sur quelles misères pleurer (les siennes peut-être, avant tout) et la Droite a perdu son identité (épuisée, la pauvrette titube et marche sur des œufs).

Certes, les raisons de ce double flottement existent. Le monde a basculé : l’universalisme cosmopolite a remplacé l’utopie du nivellement marxisant, et si le nivellement est toujours à l’oeuvre, il est devenu culturel et marchand. L’homme n’est plus un travailleur : c’est un consommateur. Tout cela, bien sûr, n’est pas sans lien avec la nouvelle idéologie : l’ultra-libéralisme. Extrêmement destructeur (idéologie inhumaine, elle souhaite amener le plus grand nombre au plus bas niveau), le combat contre lui ne peut que se durcir.

En effet, la soumission de nos politiques à l’économique, de même que la soumission des citoyens au confort matériel immédiat conduisent un certain mode sociétal au naufrage. D’autant que les oligarques n’ont pas leur pareil pour monter les citoyens les uns contre les autres. C’est ainsi qu’ils ont récemment amenés « ceux qui ont le moins » à souhaiter vivre dans une société où ils ne seraient pas les seuls laissés pour compte. « Tous perdants ! » peut-il constituer un idéal raisonnable ? «  Tous pauvres ! » un programme ? On imagine le rire supérieur et méprisant des oligarchies devant tant de naïveté.

Désormais, terrible constat, l’économique est devenu le destin des peuples européens. Et cet économique ne dépend plus d’un pays ou d’un ensemble de nations mais d’une structure oligarchique basée à Bruxelles, dirigée par les grandes banques cosmopolites et noyautée par les lobbies. Le pouvoir de cette oligarchie est énorme. Après avoir fait élire un « bon élève » français (c’est à dire bien obéissant) grâce aux puissances d’argent détentrices de grands médias, elle lui dicte les réformes à accomplir. Pour son plus grand bénéfice à elle, et non celui des peuples. Cette situation ne pourra pas être longtemps acceptée.

Nos sociétés européennes, dans leur spécificité propre, doivent retrouver honneur et fierté ; elles doivent proposer un modèle humain respectable. Sans un profond réveil culturel, sans des retrouvailles avec notre enracinement (ce sont les solides et puissantes racines qui permettent de se projeter avec confiance vers l’avenir), notre civilisation va s’engloutir tandis que les oligarques de tout poil garderont l’oeil rivé sur le solde créditeur de leur compte offshore dans un naufrage qui, en ont-ils conscience ? ne les épargnera pas non plus.

Peuples naïfs, pauvres et trop souvent résignés ; oligarques aveugles, ivres d’eux-mêmes et d’argent ; racines desséchées au milieu d’herbes parasites ; retour d’un certain religieux… Catastrophe annoncée.

10 Comments

  1. Vincent L.
    Vincent L. 7 janvier 2020 at 10 h 08 min . Reply

    La France et son peuple, Macron n’en a rien à faire ; il suit les instructions des oligarques mondialisés, obéit aux diktats des hauts fonctionnaires européens.

  2. Maryam Wichensky
    Maryam Wichensky 7 janvier 2020 at 10 h 44 min . Reply

    « Les occasions de se révolter n’ont jamais point manqué. Elles augmentent partout en fréquence : le droit à la révolte reste le plus actuel de tous. Car la révolte n’est pas une manière de refuser le réel, ni de se taper la tête contre les murs. Elle est une manière de regarder les murs pour mieux y repérer les portes, les renverser s’il le faut… Elle est une certaine manière de bouleverser l’air et l’atmosphère, de modifier en toute occasion, dans la hâte et la jubilation, les associations habituelles, les liaisons entre les choses : le grand jeu que joue la poésie avant de s’écrire. » (Alain Jouffroy)

  3. Franck
    Franck 7 janvier 2020 at 15 h 26 min . Reply

    La grande force de la classe dirigeante est d’avoir persuadé le peuple d’accepter la situation présente sous prétexte qu’il n’y a pas d’autres solutions : réduction des salaires qu’elle voudrait bien parvenir à indexer sur ceux des pays asiatiques, réaménagement des retraites (là non plus il n’y aurait pas soi-disant d’autres solutions, alors que le précédent délégué gouvernemental a dit que le régime par points ferait des perdants).

    Cet aveuglement est causé par le mirage de la consommation à tout va et le virtuel, davantage que par la presse qui autrefois endormait les peuples. En effet, on note une diminution générale des ventes des journaux et magazines menant à une certaine réflexion.

    Inévitable durcissement, oui je pense. Les oligarques, cette crise passée, vont continuer à appauvrir les citoyens, profitant de leur passivité. « Il n’y a pas d’autres solutions », comme disent autour de moi la plupart des trentas /quadras. Crise économique et effondrement sont les épouvantails qu’agite la presse que les oligarques dirigent, quelques rares journaux exceptés. Si ce durcissement se produit, je pense qu’il sera organisé par les financiers eux-mêmes, afin de renforcer leur pouvoir.

    Catastrophe annoncée, oui, mais qui nous dit qu’elle ne sera pas organisée par ce pouvoir financier occulte qui dirige la planète ?
    C’est ce que, personnellement, je pense.

    FK.

  4. Laurent Thibon
    Laurent Thibon 7 janvier 2020 at 15 h 33 min . Reply

    Les puissances financières peuvent faire réélire Macron en 2022… s’il fait passer la réforme des retraites.

    S’il échoue, il retournera d’où il vient (la banque) et les grands médias contribueront à mettre en place un autre valet sorti du chapeau.

    Tout ça est tellement évident !

  5. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 7 janvier 2020 at 16 h 17 min . Reply

    Ton texte analyse bien la situation actuelle. Elle prévoit dans quelques temps une situation explosive mais qui, à mon avis, profitera hélas à un dictateur en herbe.

    De mon côté je me suis sérieusement documenté sur le projet de retraite. J’ai lu le long rapport établi en novembre 2019 par la COR (le conseil d’orientation des retraites) : il n’est pas aussi alarmiste que le gouvernement le donne à croire.

    La polémique enfle puisque ce nouveau système serait la porte ouverte à la capitalisation… Pour ceux qui en ont les moyens bien sûr. Les autres auront droit à l’égalité certes, mais par le bas.

    1. Gilles D.
      Gilles D. 9 janvier 2020 at 9 h 24 min . Reply

      Extrait de Lundi matin, « Les Maîtres du temps et les Casseurs d’horloge ». :

       » Malgré le pilonnage du Pouvoir, relayé par des médias aux ordres (…), les gens se rendent compte qu’on les prend pour des nigauds. « Une réforme de justice sociale, contre les privilèges de corporations minoritaires, pour l’équilibre financier, pour mieux traiter les femmes », qu’ils disent. Que des mensonges ! (…) Cette réforme des retraites est conçue pour transférer encore plus d’argent des poches des pauvres aux poches des riches, pour faire travailler les gens plus longtemps et verser moins de cotisations et de pensions.

      Sans avoir fait l’ENA ou Sciences Po, tout-le-monde comprend que si on calcule votre retraite sur plus de 42 ans d’activité et non pas sur vos 25 meilleures années ou les six derniers mois de salaire, tout-le-monde est perdant. Sauf celles et ceux qui sont nés dans le cocon, qui ont habité dans les beaux quartiers, qui ont fait des bonnes écoles, qui ont eu un bon salaire à 30 ans et qui ont continué par la suite à sanctuariser le patrimoine hérité.

      Face à la révolte populaire contre la réforme des régimes de retraite, le jeune monarque Emmanuel Macron a tranché : tout-le-monde va trinquer, à commencer par les travailleuses/eurs des transports publics, en poursuivant par les fonctionnaires de l’Etat et finissant par toutes et tous les travailleuses /eurs du secteur privé. Tous sauf les employé-e-s dans les fonctions dites régaliennes. En clair, les policiers, les gendarmes, les militaires, les agents pénitentiaires, toutes celles et ceux dont le métier est de défendre l’Etat.

      Très curieuse et bien parlante idéologie de l’Etat en ce moment. Alors que le gouvernement Macron veut à tout prix faire passer sa réforme qui réduira mathématiquement les pensions de l’ensemble des travailleuses/eurs (20-30 % ou plus selon les professions, comme il s’est passé en Suède et en Allemagne), il consacre des régimes spéciaux pour les agents relevant de fonctions régaliennes. « 

  6. Pierre Sol
    Pierre Sol 7 janvier 2020 at 16 h 19 min . Reply

    Notre gouvernement est au service de Bilderberg et du trop fameux Soros.
    Comme, du reste, le sont les autres entités qui forment l’Europe.

  7. philippe sabot
    philippe sabot 8 janvier 2020 at 16 h 04 min . Reply

    Très bonne analyse me semble t-il de la situation politique et économique de nos pauvres sociétés au bord du gouffre mais qui pensent encore que le pire n’adviendra jamais .En effet le discours dominant tenu par nos élites et relayé
    par la presse en général est malheureusement conforté par l’injonction consumériste à laquelle adhèrent les plus modestes qui manquent du recul nécessaire et des clés pour voir le piège tendu par les gagnants de la mondialisation.
    Je crains bien que l’heure  » du grand soir  » et la remise en cause du système porteur de grandes inégalités que certains attendent ne soit pas encore venue .

  8. Julien Delcourt
    Julien Delcourt 9 janvier 2020 at 8 h 56 min . Reply

    Ceci de Pierre Bourdieu (mars 1998) :
     » Qu’est-ce que le néolibéralisme ?
    Un programme de destruction des structures collectives capable de faire obstacle à la logique du marché pur. »

    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/avec-la-complicite-des-220502

  9. Pierre C.
    Pierre C. 10 janvier 2020 at 13 h 46 min . Reply

    Les politiques, par leurs actions de déréglementation éhontée et tous azimuts – de l’économie, de la finance, du commerce, de la fiscalité, des lois du travail, etc… – se sont démunis du pouvoir pour le laisser à la finance et aux grands trusts mondiaux.

    Le néo-libéralisme est une hydre sans têtes, dansant sur un volcan !

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