148. — Des crépuscules villageois

Ils discutaient, les vieux, sur le pas de leur porte
Tout leur était sujet : marche du monde certes
Plus importante encor celle de leur village
Et celle des enfants, éloignés pour toujours

Ils avaient fait la route et ne luisait plus guère
En leurs yeux d’épagneul que la résignation
« Il est l’heure » – et jamais de mémoire d’humain
On ne sut résister à la fatalité

De la vie de village, il faudrait bien parler
Mais tout s’éteint en elle et s’éteint toute vie
Car les temps ont changé, et les gars et les filles
Et les rapports humains ont perdu leur chaleur

Disons la vérité : à l’homme vieillissant
Ne reste que le lien avec ses souvenirs
L’un et l’autre liés comme un couple soudé
Que rien ne put défaire en des temps difficiles

Ne reste que l’humour comme arme de défense
Pauvre arme de perdant aux muscles relâchés
Et vous vous efforcez de rire au mot d’esprit
En oubliant demain à face d’aujourd’hui

Eh oui nous avançons sur le fil du rasoir
Frôlant à chaque pas et chute et catastrophe
Car c’est cela la vie qui est pourtant à vivre
Si belle en ses débuts, si riche dans sa fin

Gaudeamus mon frère et mes sœurs de parcours
Car notre vie fut belle et que donc regretter
Puisque jamais ne fut donné à l’être humain
De retourner serein en ses paradis bleus

4 Comments

  1. Marianne V.
    Marianne V. 27 janvier 2020 at 11 h 57 min . Reply

    A la lecture de ce poème, je suis projetée au coeur de mon enfance, dans le Tarn.
    Lorsque je retourne dans mon village natal, je vois que tout a changé. Les jeunes sont moins jeunes et les vieux sont plus vieux. Ça me rend mélancolique. Heureusement il y a le paysage alentour, la nature, les terres labourées. Sillons de la terre et sillons des rides.
    La vie, en somme.

  2. FRANCIS
    FRANCIS 28 janvier 2020 at 16 h 00 min . Reply

    Des alexandrins pour des vieux, il n’y a rien de mieux puisqu’il ne leur reste plus que l’humour. Enfin, cet air du temps passé, je l’ai ressenti aussi dans mon village natal qui m’est devenu étranger pendant un certain temps. Mais, ma vieille tante s’est chargée de me ranimer la mémoire des lieux que j’avais oubliés. Grace à elle, je suis revenu à mon enfance avec les histoires qu’elle me narrait avec enthousiasme mais elle sentait que le village perdait son identité, ses racines. La nostalgie d’un temps révolu affleurait dans ses propos.

  3. Pierre C.
    Pierre C. 28 janvier 2020 at 17 h 30 min . Reply

    Ce laïque répons – au souffle plein d’un spleen automnal, et composé de vers de douze pieds tels les douze coups de minuit à l’horloge de la vie – a beaucoup de charme…

  4. Caro S.
    Caro S. 28 janvier 2020 at 21 h 28 min . Reply

    Je ne reviens dans ma bourgade charentaise que l’été.
    Comme elle est tout près de l’océan, c’est rempli des habituels touristes qui déambulent en tenue de circonstance.
    L’endroit perd un peu de son charme et beaucoup de son âme.
    On ne voit pas les vieux « sur le pas de leur porte ».
    On dirait qu’ils se cachent pour se protéger des vacanciers, la « belle saison » venue.
    Ou alors ils ne sortent pas parce qu’ils ont trop chaud (humour à deux sous) !

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