157. — D’un private eye

De Philip Marlowe on sait bien évidemment ce que nous en dit Chandler dans ses romans, mais aussi ce qu’il en écrit dans sa correspondance. On peut examiner Marlowe sous trois angles : son passé (d’où sort-il ?), son présent (comment vit-il ?), son caractère (sa psychologie).

Son passé. – De ses origines familiales, nous ne savons rien ou pas grand-chose. Certes, nous disposons d’une localisation géographique assez précise pour ce qui touche l’enfance et l’adolescence (Santa Rosa), un peu plus vague pour la jeunesse (une université de l’Oregon). Concernant ses débuts professionnels, ce n’est guère mieux : on apprend que Marlowe fut brièvement enquêteur dans une compagnie d’assurance avant d’être employé dans les services du District Attorney de Los Angeles. Très vite révoqué (un scandale à étouffer), il crée sa propre agence (qu’il appelle plutôt « bureau »), située au septième étage du Cahuenga Building (elle donne sur une cour) ; il dispose d’une petite maison meublée à Yucca Avenue.

Son présent. – Le bureau de Marlowe reflète sa solitude (il n’est pas épaulé d’une secrétaire comme notre cher Burma) et son naufrage social : une pièce coupée en deux, dont une partie constitue la salle d’attente, un tapis usé, un fauteuil pivotant mais qui grince, une cuvette dans un placard, un calendrier publicitaire. Disposant de peu de moyens, il adopte un mode de vie frugal : surtout des œufs et beaucoup de café. De surcroît, alors que ses confrères américains et français, tels des Templiers, éclusent à l’excès leur whisky, lui le liche essentiellement lorsque le spleen vient colorer de gris ses soirées ou lorsque l’action le laisse raplapla. Enfin, notre private eye est un joueur d’échecs invétéré. Bien sûr, le plus souvent il joue seul, ce qui ne laisse pas d’interroger le visiteur éventuel de Yucca Avenue.

Sa psychologie. – Deux composantes essentielles caractérisent, semble-t-il, son caractère : sa moralité (cet homme est incorruptible) et son humour. Un humour que, du reste, il lui arrive de pratiquer dans des situations des plus délicates (par exemple alors que sa vie est menacée). Marlowe a une vue plutôt lucide de la société et il n’hésite pas à se montrer caustique, voire cynique, lorsqu’il s’agit de porter son regard sur la police (corrompue) ou les politiciens (véreux). Enfin, le rapport à l’argent apparaît dans presque tous les romans, dans presque toutes les nouvelles : le détective se contente de peu (« vingt-cinq dollars par jours plus les frais »), lorsqu’il n’offre pas gratuitement sa prestation, les circonstances contrariant l’encaissement.

De la correspondance de Chandler, nous retiendrons cette réflexion qui ne manque pas de saveur : « Philip Marlowe se fout de savoir qui est président ; moi aussi, car je sais que c’est un politicien. »

One Comment

  1. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 2 mai 2020 at 18 h 32 min . Reply

    Chandler, je n’ai jamais accroché.
    Trop de verbiage.
    Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.

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