111. — De l’Underground

Même si l’on associe l’Underground à New-York, on se doit de préciser qu’il naît véritablement à Paris autour des années 1900. Même les grands mouvements comme le futurisme italien, le suprématisme soviétique ou le mouvement Dada de Zurich arrivent à Paris entre les premières manifestations du Bal Nègre et les débuts du jazz. Ce n’est qu’ensuite que l’Underground parisien, par l’entremise de Duchamp, de Marx Ernst et de quelques autres, émigre à New-York. C’est l’époque de Greenwich Village. Un signe de l’influence française : les boîtes de SoHo se nomment Le Napoléon, Le Petit César, etc.

Mais que recouvre, au juste, la notion d’Underground ? L’Underground exprime les besoins dissimulés d’une société. Dissimulés non à cause de leur nature moralement suspecte, mais à cause de besoins honnis, rejetés, voire interdits par la bien-pensance. La pensée unique édictant des normes de plus en plus rigides, l’Underground présente des facettes de plus en plus inattendues et touche de plus en plus de domaines. Plonger dans son univers, c’est emprunter des pistes politiquement, socialement, culturellement incorrectes.

L’Underground ne s’interroge guère. Il se donne les moyens d’exister, tout simplement. Il est le fait d’alternatifs, de marginaux, de réfractaires, d’irréguliers, de rebelles. Bref, d’hommes et de femmes libres. Identifier sa composition est relativement aisé : intention artistique imprégnée de radicalité, charme généreux à la limite de la provocation, vie en marge aux frontières abolies. Deux exemples – deux irisations, plutôt, l’une américaine, l’autre française – suffiront.

Edie Sedgwick d’abord. Devenue mythe de l’Underground new-yorkais, son narcissisme pousse la comédienne à jouer son propre rôle et à s’investir corps et âme dans un film de Palmer et Weisman, Ciao ! Manhattan. Outre ce qui ne semble être que la mise-en-scène d’une autodestruction (le film relate la déchéance de l’égérie de Warhol), Ciao ! Manhattan engage une réflexion sur la Factory, symbole d’une époque et d’une génération. En effet, Edie Sedgwick était un pur produit de la Factory. « Pantin du système Warhol », elle en perdit la vie à l’âge de vingt-huit ans (trois mois après la fin du tournage) dans une période où la jouissance et la liberté de disposer de son corps étaient portées au plus haut.

Alain Dister ensuite. Ce journaliste et photographe français fut témoin, et à sa façon acteur, de l’Underground. Dès 1967, il épouse le mode de vie du quartier d’Ashbury Haight de San Francisco. Attentif aux communautés, Dister devient le reporter de la révolution psychédélique et conjugue engagement musical et politique, portant une attention égale aux musiciens et aux publics ; il multiplie les rencontres, alternant photographies et récits – notamment pour le magazine Rock & Folk. Nomade, pionnier, il est à l’affût constant des bouleversements culturels. Suivront les années new-yorkaises avec l’Underground de la Factory, le Velvet en figure de proue. Dister meurt le 2 juillet 2008 à quatre heures du matin ; il était âgé de cinquante-sept ans.

One Comment

  1. Franck
    Franck 17 mars 2019 at 19 h 41 min . Reply

    Ah si Paris pouvait avoir des personnalités et des talents comme ceux qui se rencontrèrent a la Factory ou au Chelsea Hotel !
    Nous avons eu des lieux où des artistes d’ avant-garde se réunirent, souvent venant des States qui lancèrent des styles musicaux. Cela débuta à Paris, toujours en petit comité, je dirais en groupe initiatique. Comme exemple nous en avons trois. D’ abord le Jazz amené en 1945 par les Américains. Il débuta dans deux Caves du quartier de St Michel à Paris : Le Caveau de la Huchette et le Tabou. Un Français se dégagea, Boris Vian. A la fin des années 50 de très jeunes gens ayant découvert le Rock qui venait de naître aux USA prirent l’ habitude de se retrouver au-dessus de la brasserie le Richelieu Drouot, dans une salle ou se trouvait un mini golf, d’ où son nom Le Golf Drouot. Certains voulurent jouer cette musique, amenant le patron Henri Leproux à transformer ce lieu en salle de concert permettant au rock Français de naître. Plus près de nous nous avons le mouvement Techno Travelers, aujourd’hui disparu, mais sa musique perdurant dans les boîtes. Lui aussi débuta en tout petit comité. Un groupe de musiciens nomades Anglais les Spirals Tribe expulsés de leur pays à cause de leur mode de vie et de leur musique se réfugie en France en 1993. L’ année suivante conviés à participer au premier festival français de musique électronique, ils voient l’ événement interdit au dernier moment par les autorités. Ils décident de se produire comme ils le faisaient dans leur pays c’ est à dire dans la nature, donnant la première free party. Des Français adhérèrent et les premières frees s’ organisèrent d’abord sous le pont de Tolbiac ensuite dans des entrepôts abandonnés de banlieue. Ce terme Underground désignant une mouvement d’ avant garde fut popularisé par J f Bizot et sa revue Nova la suite d’ Actuel. Mais force est de constater une chose : ces trois mouvements furent inspirés pour les deux premiers par des artistes américains et anglais pour le troisième. Nous avons suivis, A quand des Français en lançant un, ayant un impact mondial comme ceux cités?

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