87. — Du journal intime

L’intérêt pour l’écrit intime ne s’est jamais démenti, et ce depuis le XIXè siècle où il s’ancre véritablement. Si deviner ce qui pousse un lecteur à devenir un adepte de ce type de texte est relativement aisé, chercher à savoir pour quelles étranges raisons un auteur décide de livrer la part la plus personnelle de son être à un public potentiel est légèrement plus délicat. A cela, peut-être, on peut avancer deux raisons majeures et quelques raisons annexes.

Ce que vise en premier lieu le diariste en se livrant à son activité, c’est retenir, en le fixant, sinon le maximum d’un présent qui demain, déjà, ne sera plus, en tout cas noter ce qui semble, à ses yeux, important de la vie qui passe. Sauver de son vécu, grâce à l’écriture, ce qui peut l’être, avant que ce vécu ne plonge dans le néant de l’oubli, voilà l’une des principales motivations du scripteur.

Il s’agira, ensuite, de se mieux connaître en tentant de saisir ce Moi mystérieux qui constitue le noyau de l’être et, si possible, de le circonscrire dans des contours précis, afin, ultime objectif, de l’améliorer voire de le réformer. Parlons vrai : la partie s’avérera délicate, le Moi étant par nature fuyant. Aussi, si tenter de l’approcher se révèle certes possible, le délimiter est quasiment chimérique.

Dans le même ordre d’idée, le diariste est cet homme d’écriture qui entretient son penchant pour l’observation de sa vie intérieure. Le voilà sans cesse en train d’analyser ce qui se passe à l’intérieur de son être, et ceci dans les circonstances les plus variées. Ainsi nous apparaît-il comme ce guetteur attentif et appliqué, toujours à l’affût de lui-même et des mouvements de son âme.

Bien évidemment, le journal remplit une multitude d’autres fonctions. Et les énumérer toutes se révèle impossible, sinon vain. Signalons au passage que le journal personnel constitue généralement un bon miroir de l’époque dans laquelle il est écrit ; il porte témoignage des temps. Le diariste peut, du reste, y consigner ses rencontres en quelques traits significatifs, y analyser ses lectures en quelques brèves notes. Si le scripteur est aussi romancier, voire essayiste, son journal peut constituer un vivier dans lequel il viendra saisir un portrait dont il fera un personnage, recueillir une idée qu’il développera plus amplement. Dans ce cas, le journal accompagne l’oeuvre ; il en est une sorte de réflecteur.

Quoi qu’il en soit de ce type de singulier écrit, il sera toujours intéressant de tenter d’en distinguer la tendance introversive ou extraversive. Notes tournées vers une intériorité (et quelquefois, d’ailleurs, engluement dans un narcissisme gênant) ou vers l’extérieur (vie sociale, conduites diverses). Quant au lecteur, si l’on ne peut évidemment pas réduire ses motivations au simple voyeurisme, avouons que celui-ci y entre pour une grande part dès lors que l’auteur du journal lui est contemporain.

Post Comment

CAPTCHA *