93. — Des opportunistes et des quémandeurs

Spectacle des plus divertissants pour certains, des plus affligeants voire des plus scandaleux pour d’autres, que celui que nous offrent ces politiques passant sans vergogne d’un bord à l’autre, oubliant leur appartenance d’hier (qui supposait pourtant des convictions) pour une nouvelle que l’on perçoit tout aussi fragile. Ce n’est hélas pas nouveau et notre Histoire foisonne de ces périodes troubles qui favorisent ces errements pour le moins intéressés. La Restauration qui, du reste, porte mal son nom, en constitue un flagrant exemple.

Lorsque Louis XVIII retrouve son trône, en 1814, la Nation est divisée entre Ultras, Bonapartistes et Républicains d’hier. Les uns rêvent de récupérer leurs anciens privilèges, les autres ne songent qu’à préserver les avantages acquis sous les régimes antérieurs, les derniers, enfin, oeuvrent pour en obtenir de nouveaux. Aussi, une quantité considérable d’opportunistes et de quémandeurs se pressent dans l’entourage du Bourbon.

Parmi les opportunistes les plus visibles, se trouvent les maréchaux d’Empire et autres titulaires de hauts grades militaires, ralliés au nouveau pouvoir. Restés confortables bénéficiaires du précédent régime, ils ne s’en révèlent pas moins insatiables demandeurs. A-t-on jamais assez de prébendes ? Les militaires, d’ailleurs, ne sont pas les seuls à ne point connaître les problèmes de conscience, loin de là : car, à vrai dire, c’est la plupart des serviteurs de l’Empire qui, après avoir été ceux de la Révolution vont aller quémander auprès de Louis XVIII pensions, promotions et titres honorifiques.

Ainsi le gros Louis croule-t-il sous un déferlement de sollicitations, la masse des piliers d’antichambre étant persuadée qu’elle a des droits à faire valoir, quelquefois du reste avec raison. Et ce sera une pluie de largesses qui, de jour en jour, va se déverser sur ceux qui, pourtant, se sont lourdement compromis avec les adversaires du Trône – notamment la noblesse d’Empire ; et ce sera une multitude de faveurs qui sera dispensée aux ralliés de la dernière heure et autres intermédiaires douteux. Jamais nombre de girouettes et de solliciteurs ne sera aussi élevé que durant cette période troublée.

On le voit, la Restauration a offert, tout au moins en ses débuts, en fait de retournements et de reniements, l’un des spectacles les plus étonnants que Histoire ait connus. Il s’agissait pour les gens importants de sauvegarder les places, de préserver les avantages ou de les multiplier, d’augmenter leur fortune. Dans cette perspective, le rapprochement avec les temps que nous vivons s’impose de lui-même.

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