94. — De la liberté de l’esprit

La liberté de l’esprit permet d’envisager un fait, un événement, une théorie même, dans sa globalité ; sa caractéristique est de ne rien exclure, de rester à distance de la chose à analyser. Elle entreprend une observation de tous les aspects d’un problème, n’en rejetant aucun, les examinant tous avec le même intérêt et le même sérieux, les respectant tous. Bref, elle suppose une « vision panoramique » qui est aussi une « raison panoramique » (Jünger). Les véritables esprits libres sont rares. On peut les considérer comme des exceptions.

L’inverse de l’esprit libre est l’esprit inféodé. L’esprit inféodé voit tout, analyse tout à partir du dogme qu’il a aveuglément adopté ; il est tributaire de l’idéologie qui l’habite. Prisonnier d’une vision univoque, c’est un aveugle partiel. Une grande partie de la chose à appréhender, et dont il ne veut rien savoir, lui échappe. L’esprit inféodé n’est jamais seul dans ses erreurs d’appréciation. C’est l’homme des groupes, des partis. Intellectuellement, c’est un pauvre. La communion dans le dogme le rassure ; il n’est plus seul.

L’esprit libre refuse la polémique. Il la fuit comme la peste car il la trouve stérile. A ses yeux, la polémique est vaine car elle n’aboutit à rien. N’a rien de concret, rien de positif. Elle n’est que perte d’énergie. En effet, dans la polémique, chacun des protagoniste se crispe sur ses positions. Si la violence physique la plupart du temps s’en écarte (le temps des duels n’est plus), la violence verbale, elle, est là, bien présente – bruyante à l’excès, même dans la presse. Excès de langage, débordements. Et, encore une fois, aveuglement et stérilité : chacun des interlocuteurs ne voit que sa position et veut l’imposer à l’autre.

La liberté de l’esprit est une longue conquête. Elle exige la tolérance et requiert le respect. Elle suppose aussi l’intelligence et mobilise les capacités d’analyse. Autant dire qu’elle relève de qualités supérieures.

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