97. — D’un dandy rouge

En cimaise, dans son Panthéon personnel, il plaçait Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclau et Les Pléiades de Gobineau. Quant au style, semblable en cela aux Hussards de l’autre bord, Stendhal était son modèle. Il se nommait Roger Vailland (1907-1965) et sa nature le dirigeait dans trois directions.

Le journalisme d’abord (il collabora entre autres à Paris Soir et à Libération), qui offre d’indéniables avantages : il engage au voyage, provoque la rencontre, permet de gagner quelque argent. Il semble cependant que le journalisme ne satisfit qu’un temps Roger Vailland, notre « talon rouge » lui trouvant deux inconvénients majeurs qui tous deux, d’ailleurs, convergent : il dilapide l’énergie nécessaire à la création, il dévore le temps qui devrait être consacré à l’oeuvre.

La vie personnelle ensuite : familier des drogues (il fréquenta assidûment l’héroïne) et grand consommateur d’alcool (dont il se dégageait par épisodes, ainsi qu’en témoigne le gros volume de ses Ecrits intimes), Vailland était un libertin avoué (il écrivit d’ailleurs sur le sujet) pour qui le milieu de la prostitution n’avait que peu de secrets.

L’écriture enfin. Ecrivain au style impeccable, il obtint le prix Interallié pour son premier roman, Drôle de jeu, le Goncourt pour La loi, et sa carrière fut jalonnée de romans à succès, Beau masque, 325 000 franc, Les mauvais coups.

Bien sûr, on ne peut parcourir la vie de Vailland sans évoquer cet égarement qui conduisit le libertin chez les communistes, durant une période approximative qui va de la fin la guerre à l’année 56 où il découvre, avec d’autres, l’ampleur des crimes staliniens. Il se consacrera alors à la composition du livre qui, peut-être, le cerne le plus intimement : Le regard froid (1963). Y sont définis, outre ce qu’est le vrai libertin, la « singularité » de l’esprit français, lequel est caractérisée par la liberté intérieure, cette distance qui nous retient de nous engager pleinement et qui nous permet de demeurer « au point d’ironie ».

« Je suis un être libre, c’est-à-dire souverain », a écrit Roger Vailland. De la liberté et de la souveraineté il est en effet question dans ses Ecrits intimes, justes reflets de sa vie tourmentée.

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