De la mort

Nous sommes très tôt confrontés à la mort — dès l’enfance. Elle concerne le monde des autres. L’innocence est là, qui fait vite oublier les absents. Lors de la prime jeunesse, un ami le plus souvent disparaît : une maladie foudroyante l’a emporté ou un accident a provoqué l’irréparable. A l’âge adulte, la perspective se modifie : la mort est plus près de nous (« Elle avait pris ce pli…« , écrit Hugo titrant son poème) ; nous voyons des proches, des frères d’armes s’affaiblir, rongés du dedans. Nous assistons à leur lente agonie durant laquelle ils s’efforcent de sourire pour restaurer le moral des visiteurs. C’est ainsi qu’à travers la mort de l’autre, on appréhende sa propre fin.

La mort, voilà un sujet propice aux paradoxes, d’autant que nos sociétés dites « avancées » semblent avoir toujours pris le problème à l’envers. On constate, en effet, que le plus grand nombre ne peut vivre sans refouler l’idée de la mort ; fuit donc en pensée devant une réalité de fait — une réalité à laquelle il ne peut échapper. Absurde, puisque la mort est en nous depuis la naissance, nous tenant la main depuis l’enfance et ne la lâchant plus.

C’est que manque une pédagogie de la mort. Une pédagogie qui permettrait de débarrasser l’homme de son angoisse. Une pédagogie qui commencerait tôt, dès l’enfance, dès l’école. Le fil conducteur en serait élémentaire : notre vie envisagée comme processus biologique. L’individu aurait tout à y gagner, n’ayant plus qu’une envie : dévorer la vie et non plus la subir, construire son paradis ici bas en utilisant tous les moyens dont il dispose.

 

 

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