De la politicaillerie

D’un côté l’oligarchie (constituée de nos « pseudo-élites » politique, sociale, financière, entrepreneuriale), de l’autre le peuple (les cloisons qui séparaient classes populaires et classes moyennes ayant été depuis peu abattues), voilà comment, désormais, notre société se répartit ou plutôt se découpe. Entre les deux, davantage qu’un fossé : un cratère géant. Que s’est-il donc passé ?

Alors que le souci premier de l’oligarchie devrait être de faire fructifier le bien commun et d’améliorer les conditions de vie des citoyens, elle se donne, à l’évidence, d’autres priorités : préserver ses avantages, conserver ses privilèges, rester en poste. Et cela se sait, cela se voit, cela se dit ; la prise de conscience s’étend et se développe, notamment grâce aux réseaux sociaux. Si l’on peut, certes, considérer toute ambition comme légitime, la prosternation devant Mammon, elle, est vice condamnable dès lors qu’un « mandat » vous rend comptable de vos actes devant le citoyen qui vous a mis en place à d’autres fins.

Autre réalité : notre politique intérieure n’est plus pensée, ni conçue, ni validée dans notre pays : elle se dessine (et décide) à l’étranger. Nous ne faisons rien d’autre que nous plier. Aux injonctions et aux diktats, certes, mais, au-delà, à des desseins plus hauts que l’on nous dissimule, qui nous échappent (du moins en grande partie) et qui passent par la fin du politique et la fin des histoires nationales. Quel meilleur exemple que ce « non » majoritaire au Traité constitutionnel européen (en 2005), transformé en un « oui » deux ans plus tard par ces messieurs-dames des deux bords ? Pour servir quels intérêts ? Aussi, gouvernance de gauche ou de droite, quelle différence quant au fond ?

Certes, ainsi que l’écrivait Jacques Bainville, « tout a toujours très mal marché », mais il semble que l’on ait franchi une étape supplémentaire vers « la grande déglingue » : la machine est grippée, la paralysie est proche. Dès lors, on peut penser que sont parfaitement justifiées la défiance, voire la désaffection du citoyen envers ce qui fut, il n’y a pas si longtemps encore, la politique, et qui n’est plus aujourd’hui, hélas, que politicaillerie, celle-ci sans grand intérêt, sinon celui d’animer et d’alimenter, à l’heure apéritive, les débats du café du commerce.

 

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