De la quiétude

Il y a en chacun de nous, au plus profond de notre être, une part d’Eternité. Là, le calme règne et un bonheur inexprimable se manifeste ; une sécurité capitonnée nous protège de toutes les horreurs dont l’extérieur en permanence nous agresse et nous accable.

Atteindre cette part d’immuable de soi demande, certes, une discipline, mais elle n’est en rien surhumaine, la difficulté résidant simplement dans le fait de se débarrasser, pour commencer, de l’agitation qui, en surface, nous perturbe.

Cette quiétude, toutes les sagesses universelles le soulignent, constituent le plus grand bienfait qui soit – un vulnéraire, en quelque sorte. Alors, pourquoi donc si peu d’entre nous engagent la démarche qui permet d’y accéder ?

Sans nul doute parce que les priorités vitales de l’humain ont changé. L’homme (la femme) d’aujourd’hui n’ont que faire du calme intérieur auquel il préfèrent l’agitation extérieure – rebaptisée par la presse spécialisée « énergie ». Courir en tous sens est bien mieux. Il faut agir, et agir dans le plus de domaines possibles, croquer la vie à belles dents, courir le monde du nord au sud et du sud au nord ; il faut se montrer performant(e) au travail mais aussi au lit avec son (sa) partenaire comme, mêmement, dans l’activité sportive ; il faut briller en société, dans le cercle d’amis, que sais-je encore ?

Alors, la vie intérieure, le calme des profondeurs, le repos qui permet le dialogue avec soi-même, la boulimie de lecture qui permet l’enrichissement personnel, tout cela est bel et bien terminé, relégué au fin fond des oubliettes les plus obscures. La permanence, la profondeur des abysses intérieurs où l’essentiel se passe n’ont plus court. Vive le futile, la superficialité ! Vive le fouteballe, la real TV et les feuilletons US !

4 Comments

  1. Pierre.
    Pierre. 28 décembre 2016 at 23 h 48 min . Reply

    Cette réflexion, que tu nous proposes ici, fait écho à celle, très proche, que je me faisais myself, il y a peu.

    En effet, en observant vivre nos contemporains, on peut voir poindre à l’horizon une humanité prennant le chemin d’une éducation et d’un mode de vie à l’image de ces gallinacés élevés en batterie et hors sol; autrement dit, des êtres déracinés et oublieux de l’Histoire, du territoire, de la culture et de la spiritualité: tels des ludions numériques, sans passé et sans mémoire, vivant dans un présent perpétuel – meublé d’objets connectés – et consumériste.

    Soyons et restons connectés… entendu, mais essentiellement aux livres et à l’empire des signes qu’ils recèlent et nous parlent en silence; car ils sont, finalement, sur les rayons de l’immense bibliothèque des temps, le pain et le vin dont l’esprit a besoin pour faire de nous un homme augmenté (par opposition à celui que nous concocte Google) sachant cultiver son for intérieur.

  2. Pierre.
    Pierre. 6 janvier 2017 at 20 h 15 min . Reply

    Cher Raymond, je reviens, une seconde fois, vers ta réflexion autour de la notion de quiétude; cela est le fait que, ces jours derniers, relisant quelques pages, d’une façon décousue, de « à rebours » de Huysmans, ma lecture – du passage ci-dessous – fut arrêtée par l’écho quelle produisait avec celle de ton billet :

    « Il (des Esseintes) se détermina à vendre le château de Lourps où il n’allait plus et où il n’oubliait derrière lui aucun souvenir attachant, aucun regret; il liquida aussi ses autres biens, acheta des rentes sur l’État, réunit de la sorte un revenu annuel de cinquante mille livres et se réserva, en plus, une somme ronde destinée à payer et à meubler la maisonnette où il se proposait de baigner dans une définitive quiétude. »

    Quiétude, qui se métamorphosera, dans le déroulement du roman, en états proches de l’hallucination et de la folie, par une recherche incessante d’artifices…

Post Comment

CAPTCHA *Captcha loading...