De la relecture

Dis-moi quel auteur tu relis et je te dirai qui tu es. — Pourquoi relit-on ? Parce qu’un livre nous a séduit par le passé et qu’il continue, à l’évidence, de nous parler. Mais ce n’est pas tout. Une relecture peut nous révéler de nouvelles richesses — des richesses qui nous avaient échappé de prime abord. Relire nous offre donc ce double avantage. Aussi, ces ouvrages que nous avons lus, que nous relisons et qui font désormais partie d’un environnement intellectuel familier, révèlent une part de nous-mêmes, peut-être l’une des plus intimes.

Lire c’est bien, relire c’est mieux. — Certes, l’amateur de relecture qui se retourne vers les volumes aimés jadis sera taxé de passéisme. On lui reprochera de ne pas s’intéresser à la littérature des Temps. Mais après tout, si l’on considère l’actuelle production médiocre, pourquoi avoir honte d’aller revisiter nos passions passées ? Et si, de surcroît, c’est dans les ouvrages d’hier que se trouve la qualité, c’est-à-dire le style, quelle importance que de se retrouver étiqueté « passéiste » ? Il n’y a aucunement à considérer que, par principe, le Moderne a toujours raison — et d’ailleurs, l’expérience le prouve, il a souvent tort.

Il est un âge pour lire et un âge pour relire. — Peut-être, au fond, est-il vrai que l’âge incite à la relecture. Car le vieux « liseur » ne se reconnaît plus dans le monde que la Modernité lui décrit, dans les sentiments qu’elle étale, dans les moeurs qu’elle évoque. Aussi se retourne-t-il vers les ouvrages qui lui parlent de ce qu’il a connu, de ce qu’il a aimé. Il serait cependant trop facile de dire que la relecture n’est réservée qu’aux seules vieilles gens. Le jeune lecteur, qui, si l’on en croit ce que nous serinent les Temps, est gravement carencé culturellement, ne peut que trouver avantages à relire un ouvrage pour en extirper toutes les richesses. Bel exercice, en effet, que la relecture : pour roder la machine intellectuelle, bien sûr, mais aussi, dans le meilleur des cas (soyons optimistes), pour faire décoller le supposé jeune indigent.

 

 

2 Comments

  1. Arnaud B.
    Arnaud B. 12 novembre 2016 at 21 h 27 min . Reply

    La relecture, c’est le plaisir désespérant de constater qu’un livre n’est plus ce qu’il a été ; comme à peu près tout.

  2. Pierre C.
    Pierre C. 13 novembre 2016 at 19 h 13 min . Reply

    Lire ou relire sont peut-être l’endroit et l’envers d’une même activité. Si celle-là nous conduit sur des chemins pavés d’inconnu, celle-ci fait œuvre de palimpseste : recouvrant aujourd’hui, à plaisir ou déplaisir, ce qu’hier nous y avons cru voir.

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