82. — De la tracasserie

La noblesse possédait sa méthode, qui a le mérite d’exister : on n’évoque pas les tracas, on occulte les problèmes, on passe outre. Ou au-dessus. Reconnaissons-le : plus on descend dans l’échelle sociale et plus l’on s’englue dans le tracas jusqu’à, parfois, s’y laisser engloutir comme dans un marécage.

Les donneurs de leçons, très en vogue en ces temps d’incertitude, sont toujours prêts à indiquer au quidam comment gérer ceci ou cela ; ils manquent rarement de conseils à dispenser. Le problème, hélas, c’est que la théorie, en la matière, est de peu d’utilité, toujours insuffisante à rasséréner l’individu confronté à la dure réalité de son quotidien.

Les philosophies orientales, toujours à la mode, sont prêtes elles-aussi, par le canal de la parole sacrée du gourou, par celui des pages sublimes du maître (zen ou taoïste), à guider l’égaré dans l’épais pétrin. Mais nous ne vivons pas en Orient et nos mentalités sont durement occidentales (Comment, en nos contrées, parvenir à effacer notre très encombrant Moi ? – Impossible). Impuissance de ces « guides de vie » à accompagner l’homme en difficulté dans la misère du jour, afin de la gommer.

Autant le reconnaître avant de s’égarer bêtement : les ressources sont en soi et en soi seul. Et aucun magazine, aucun ouvrage, aucun mentor ne peut et ne pourra jamais nous aider à résoudre nos problèmes. Ils appartiennent au seul individu qui a le devoir de faire de la souveraineté son principal combat, de régler ses problèmes en utilisant au mieux – et en leur maximum – ses ressources internes. Cela ne va pas, du reste, sans une certaine jouissance. A elle seule, déjà, elle balaie les tracas.

Post Comment

CAPTCHA *