De la vinasserie

Les moyens substantiels utilisés pour donner à l’alcool (sous sa forme fermentée ou distillée) toujours plus de prestige (publicité, route des vins, documentaires, téléfilms se déroulant dans des vignobles), ne sauraient masquer cette terrible réalité : en France, une pathologie sur dix est liée à l’alcool (Source médicale).

Il est vrai que, pays de vignobles, la France a toujours su exalter avec talent les bons crus, les bonnes bouteilles, les bons millésimes. Cependant, un accablant constat vient obscurcir le paysage : nos amateurs de « bons pinards », ceux qui élèvent leur goût de la dive bouteille au rang d’une religion, nos « bons vivants », comme on dit, font de beaux morts prématurés (Blondin, Fallet…).

On connaît, certes, la liste des effets liés à l’alcool, effets que l’on identifie le plus souvent au « plaisir » (état de légèreté, désinhibition, rapport à l’autre facilité). En outre, l’on associe tout naturellement convivialité et alcool, ce qui est une aberration : « Rien n’exclut davantage du rite social que de ne pas boire », écrivait fort justement Roger Vailland, gros buveur mais aussi abstinent épisodique. Quant à Romain Gary, alcoolophobe, il confessait : « Ce que je trouve insupportable, c’est les gens qui reviennent cinq fois à la charge, avec :  » Vraiment, vous ne voulez rien boire ?  » Le prosélytisme de la vessie… »

Alors, vaut-il mieux se placer du côté d’un Théodore Monod (grand contempteur de l’alcool sous toutes ses formes), d’un Louis-Ferdinand Céline (il exerçait la médecine, donc savait de quoi il parlait — le terme « vinasserie » lui appartient) ou bien serrer ses épaules contre celles, toujours chaleureuses (du moins en apparence), des « bons vivants » (dont la devise, on le sait, est « Courte mais bonne, la vie ») ?

Bref, vaut-il mieux être un « grand vivant » ou un « bon vivant » ? Que chacun fasse son choix en connaissance de cause.

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