De l’anarque

Ne peut être défini l’anarque, concept élaboré par Ernst Jünger, s’il n’est d’abord distingué de l’anarchiste, ce que fit l’auteur allemand à plusieurs reprises, dans ses divers entretiens notamment.

Il y a, chez l’anarchiste, une reconnaissance de ce qu’il veut détruire : l’Etat. Rarement seul dans son combat, il s’entoure de compagnons (exemple : la bande à Bonnot). La société le plus souvent l’écarte, elle ne veut pas de ce trublion qui hait tout pouvoir et rejette toute autorité. D’ailleurs, de manière générale, l’anarchiste reçoit plus de coups de bâtons qu’il n’en donne. De plus, qu’il le veuille ou non, il doit composer avec cette société qu’il est censé combattre. En fait, l’anarchiste est l’ombre du gouvernant, une sorte de partenaire qui joue un jeu dangereux où il a plus à perdre qu’à gagner.

Bien différente est la position de l’anarque qui considère que la liberté est affaire intérieure. Il croit en la possibilité d’être libre (et d’ailleurs il l’expérimente), même dans un Etat dont il ne reconnaît pas la légitimité. Semblable en cela au pataphysicien, il a fait le choix de ne rien prendre au sérieux mais « en enfant perdu qui, dans le no man’s land d’entre les lignes des marées, ouvre l’oeil et l’oreille ». En effet, observateur attentif et fin analyste, pas grand chose digne d’intérêt (le sien) ne lui échappe. Il est vrai que lorsque l’on a fait le choix de faire un jeu de sa vie, tout peut présenter un certain intérêt (cela aussi, les pataphysiciens le savent).

En fait, nous pouvons avancer sans grand risque d’erreur que la souveraineté est la principale caractéristique de l’anarque. Cela le rapproche du monarque, mais il évite les contraintes de la charge. Sa liberté intérieure, bien réelle, est camouflée. Bien malin celui qui parviendra à l’altérer. L’anarque ne se reconnaît aucun maître (ainsi se rapproche-t-il de l’anarchiste) ; il est à lui même son propre maître. Cette maîtrise de soi le rend semblable au Stoïcien, même s’il ne se fait aucune illusion sur l’humain qu’il sait non-perfectible.

Enfin, et ceci n’est pas d’un intérêt moindre, l’anarque « ne se laisse rien prendre de son bonheur. Rends-toi toi-même heureux, c’est son principe fondamental. »

One Comment

  1. Arnaud
    Arnaud 1 février 2017 at 9 h 45 min . Reply

    Clarté et précision.

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