De l’échange

Dès lors qu’on se décide à découvrir la poésie qui se niche en nos vies, les moindres situations dans lesquelles nous sommes plongés, les paysages qui s’offrent à notre vue, à notre perception, fussent-ils intérieurs, recèlent d’inestimables trésors. La poésie, cependant, ne se trouve pas uniquement dans le décor de nos vies ; elle figure aussi dans certains faits, certains événements. Et, mêmement, dans la rencontre.

Il y a d’abord la rencontre de hasard, la rencontre inopinée. Un homme rencontre une jeune femme (terrasse de bar) ; une discussion s’engage ; cette femme a une âme ; l’homme écoute, une sorte de courant passe ; même longueur d’onde ; quelques goûts, quelques centres d’intérêt communs peuvent suffire à la communion. Quelquefois les oppositions sont si grandes entre les deux êtres, si flagrantes, que l’intérêt – d’une nature différente de la fusion par immédiate harmonie – s’y manifeste pourtant de la même manière, parfois avec tout autant de puissance.

Voyages. Rencontres recherchées ou provoquées. Je vais au devant de l’autre. Hésitations, avancées prudentes (ou imprudentes), tâtonnements, prospections, reculades. Sa culture diffère de la mienne, même si nous avons en commun quelques goûts musicaux liés aux chanteurs de son pays (Gilberto Gil, Chico Buarque…). Je l’écoute qui me parle et me raconte. Apprentissage d’un certain type de communication ; différent du type familier. Apprentissage, aussi, d’une socio-culture autre que celle qui m’a façonné ; d’autres mœurs, d’autres visages, une autre sensibilité ; d’une autre littérature aussi ; d’un autre langage.

La rencontre avec l’autre suppose donc, dans tous les cas, l’échange, et cet échange nécessite une qualité d’écoute. Je m’enrichis de ce que m’apporte l’autre ; j’enrichis l’autre (j’essaie tout au moins) de mes propos, de mes connaissances, de mes lectures, de mes vues personnelle sur les choses de ce monde. A éviter toutefois : les débats sur la politique événementielle. Toujours stérile (si les discussions du café du commerce pouvaient contribuer à changer la face du monde, cela se saurait), ils ne sont que la vulgaire manifestation d’une « ébriété laryngo-buccale » (Félicien Marceau).

Et cette perception, cette certitude même que la vraie vie est là, dans ce rapport à l’autre. Dans cet échange qui, dût-il ne pas s’éterniser, a tout de même un rapport à l’éternité. Celle de l’instant. L’éternel présent dont parlent toutes les sagesses.

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