De l’élitisme

L’élitisme n’a pas bonne presse et ce n’est pas nouveau. C’est que tout, dans « un certain » esprit républicain (son dogme, son idéologie), s’oppose à ce que les meilleurs réussissent et se posent en modèles. Seul, un ancien ministre de la culture de renom (il fut aussi ministre de l’Education), osa, un jour, cette bienheureuse formule : « L’élitisme pour tous ! »

Longtemps, les peuples calquèrent leur comportement sur celui des élites, principalement sociales (le chapitre VIII du roman de Malaparte, La peau, est, à cet égard, particulièrement parlant). Aujourd’hui, ce n’est plus le cas ; c’est que les élites sociales, politiques, intellectuelles, entrepreneuriales, à des degrés divers, sont corrompues. Impossible de les prendre en exemple et de s’identifier à elles – sinon à se corrompre tout autant.

Et puis il y a l’Education, c’est-à-dire l’école, le collège, le lycée, l’université. L’institution s’évertue scandaleusement à niveler par le bas, à tel point que, dans n’importe quel lycée de notre pays, le format d’un timbre poste suffirait à inscrire la liste des recalés aux divers baccalauréats.

Ce pourrait être tragique si, par bonheur, les élèves les plus travailleurs ou / et les plus doués, faisant fi du dogme et de l’idéologie, ne trouvaient et n’utilisaient des moyens détournés pour se détacher du troupeau et se hisser au plus haut de leurs qualités.

Car, au fond, en quoi consiste cet élitisme tant décrié ? A faire en sorte que les meilleurs s’élèvent au niveau de leurs compétences. En quoi est-ce répréhensible ou condamnable dans la mesure où une même chance est offerte à tous de grimper au plus haut ? S’en donner les moyens ou pas, le vouloir ou pas, est une autre histoire – une histoire individuelle.

« L’élitisme pour tous ! », oui. Bien mieux qu’une devise : un slogan !

4 Comments

  1. Bernard Castagnet
    Bernard Castagnet 8 novembre 2016 at 9 h 29 min . Reply

    Il me semble un peu audacieux de prétendre pouvoir trouver dans l’idéologie républicaine une opposition ou même un obstacle à l’élitisme. Dans un tel régime politique ce n’est pas l’existence d’une élite qui pose problème mais le fait qu’en faire partie donnerait des droits particuliers. Il est cependant certain que de nos jours nos concitoyens sont malheureusement plus sensibles à l’élite sportive qu’à l’élite intellectuelle.
    Dans le domaine de l’Education il semble que bien avant qu’un ministre en fasse un slogan (n’était-ce pas alors seulement cela ?) la République ait osé l’exigence élitiste dans son système éducatif ( jusque dans les années 60 ). L’élitisme n’était certainement pas pour tous mais il existait aussi dans le monde ouvrier ( le « bon ouvrier » pouvait être pris en exemple à une époque ou le CAP sanctionnait une solide préparation à un métier précis). Cela n’exonère bien-sûr pas le système de toutes les tares que l’on a pu lui reprocher (une filière pour le peuple et une pour l’élite sociale).
    De nos jours, si les élèves les plus travailleurs ou/ les plus doués peuvent toujours mettre en œuvre leurs qualités personnelles, il n’en reste pas moins que, parvenus au bout de leur cursus scolaire, tous auront gravement pâti du manque d’ambition d’un système qui a remplacé l’exigence par la bienveillance ( l’Ecole ressemble au Pays de joujoux qui fascine tant Pinocchio dans l’ouvrage de Collodi).
    Pour terminer je précise qu’avant de prétendre avoir mis en place une égalité des chances il faudra avoir commencé par œuvrer à plus d’égalité sociale.

  2. BATIGNES
    BATIGNES 8 novembre 2016 at 18 h 20 min . Reply

    Dans le domaine de l’Education, je suis de ceux qui ne conçoivent l’élitisme que dans un cadre démocratique et avec un objectif de justice sociale ! C’est-à-dire, que l’école permette à chacun et à tous les jeunes de pouvoir accéder au maximum de leurs potentialités, ce qui sous tend que le système éducatif ne soit plus organisé pour « servir » les plus favorisés, en laissant de côté les jeunes des « basses » classes sociales.
    Or, depuis des décennies, l’Education Nationale ne répond pas à cet objectif, tous les constats, enquêtes, statistiques (voir PISA) le prouvent, ce qui est fort regrettable pour notre jeunesse et pour le pays.
    Pour moi, plusieurs principales conditions seraient à satisfaire :
    – Conforter la mixité sociale dans les établissements de l’école élémentaire jusqu’à l’université.
    – Former les nouveaux enseignants à la conduite des classes hétérogènes et au travail en équipes pluridisciplinaires (recycler les anciens dans le cadre d’une réelle formation continue). Evaluer les enseignants à leurs pratiques interdisciplinaires effectives.
    – Généraliser le travail scolaire sur des thèmes, projets et supports transdisciplinaires, susceptibles de donner du SENS aux enseignements dispensés, afin d’intéresser tous les élèves et les rendre ACTEURS de leur formation et non subisseurs !
    – Revoir les programmes, moins ambitieux, afin que TOUS les élèves suivent et maîtrisent les contenus, avant de les amener à trop d’abstractions.
    – Modifier l’organisation du système éducatif, trop hiérarchisé et ne laissant pas assez de place à l’autonomie et aux initiatives locales dans les établissements.

    Avec de telles conditions, les bons et très bons – qui constituent l’ELITE – ne seront pas pénalisés et réussiront toujours dans l’excellence. Les plus défavorisés pourront trouver enfin les raisons et la motivation aux savoirs, afin de les préserver des décrochages qui les accable actuellement et les désocialise.

  3. Bernard Castagnet
    Bernard Castagnet 12 novembre 2016 at 9 h 09 min . Reply

    Ce texte contient un argumentaire permettant de le relier au courant de pensée qui sévit depuis une cinquantaine d’années, époque de l’ arrivée massive dans l’enseignement long d’élèves issus des milieux populaires et conjointement d’une crise de l’emploi attribuée à l’inadaptation de la main d’œuvre au marché mondialisé du travail. Ces nouveaux élèves se trouvant trop souvent en échec, l’Ecole reçoit donc l’injonction de s’adapter. Il ne s’agit plus de viser à l’émancipation de l’individu en lui donnant de solides savoirs disciplinaires mais à le rendre adaptable au marché de l’emploi en lui donnant accès à de simples compétences (dites aujourd’hui de « socle » ) souvent strictement utilitaires.
    Pour s’attirer le soutien du plus grand nombre on utilisera certains outils élaborés historiquement par des pédagogues respectés en les détournant de leur visée émancipatrice d’origine: l’interdisciplinarité est un de ces outils.
    Ludique,elle aurait du sens contrairement à l’enseignement disciplinaire jugé trop austère .
    J’ai vécu suffisamment durement le désarroi de mes élèves après la mise en place récente de cet outil au niveau des sections techniques des lycées pour être persuadé que l’interdisciplinarité ne peut que faire éventuellement suite à une solide formation disciplinaire.
    N’y a-t-il pas du mépris ou pour le moins de la méfiance vis à vis d’une partie de la jeunesse supposée allergique à toute forme d’abstraction ?
    On peut craindre que ces élèves issus des milieux populaires n’auront pas les outils culturels qui pourraient leur permettre arrivés à l’age adulte d’aller au delà de leurs maigres connaissance scolaires. Les autres, socialement mieux lotis, auront le plus souvent bénéficié en lycée d’un enseignement plus structuré qu’ils sauront faire fructifier.
    Pour finir, il y aurait beaucoup à dire également sur la proposition de progresser dans la décentralisation et le désengagement de l’Etat par plus d’autonomie des établissements qui pourrait conduire par exemple à adapter l’enseignement au bassin d’emploi local.

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