De l’éthique volontariste et de son contraire

Les visages sont bavards, surtout un certain passage de temps franchi. Distinguer, dans la rue par exemple ou dans un quelconque lieu public, l’individu qui se laisse aller à l’excès de nourriture et à l’abus de boisson est chose aisée ; distinguer celui qui veille sur soi également : « Nos habitudes nous transforment et l’on finit par deviner à sa mine celui qui s’est vaincu lui-même », écrivait Nietzsche avec raison.

Mais l’ascèse n’a pas bonne presse. Les temps nous inciteraient plutôt au plaisir et à la jouissance (la table de restaurant, les caves à vins, l’alimentation tueuse venue des States), non à la domination de soi et à la privation. Pourtant, volontaire pour préserver et entretenir son corps, on le sera également pour tous les combats auxquels la vie nous contraint.

L’éthique volontariste en un premier temps se décrète : c’est un choix. Ensuite, il s’agira de la mettre en oeuvre, ce qui nécessite la toute puissante volonté.

L’envers de l’éthique volontariste est la politique du chien crevé au fil de l’eau. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, elle ne manque pas de charme et de séduction. Il y a du plaisir dans l’abjection et le laisser-aller profond. Et le flirt jusqu’au boutiste avec l’abîme offre aussi ses attraits, sinon ses jouissances — malsaines, évidemment. C’est ainsi que certains ne résistent pas aux oeillades de la Dame en noir, la « voyageuse de nuit » qui, lorsqu’elle sent venir le drame, sait jouer de ses charmes comme la pire des putains, clins d’oeil salaces et jupe relevée sur une cuisse pourtant décharnée.

Le choix, comme toujours, s’offre à l’individu. Ethique volontariste d’un côté (elle permet de se forger un destin), molle passivité de l’autre (je me soumets à mon destin, il m’entraîne et me traîne, j’accepte tout ce qui m’advient et même les conséquences, forcément tragiques, de mes faiblesses). « Le choix libre que l’homme fait de soi-même s’identifie absolument avec ce qu’on appelle sa destinée », écrivait Sartre ponctuant son Baudelaire.

4 Comments

  1. Françoise B
    Françoise B 16 novembre 2016 at 9 h 51 min . Reply

    Au risque de déparer dans ce blog littéraire à la belle écriture, je poserai à son auteur ces deux seules questions: qui fait les courses dans le ménage, qui fait la cuisine ?

  2. Favrit
    Favrit 22 janvier 2017 at 19 h 28 min . Reply

    Oui, mon cher Raymond, il faudrait (savoir) aborder la vie comme un combat – et plus encore quand l’âge avance. Cela demande néanmoins un long entraînement ; donc, mieux vaut commencer tôt. J’aime cette phrase de Rousseau : « Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit. » Elle dit tout.
    Les statistiques sur l’obésité et sa progression dans le monde sont assez effarantes. Au point de faire chuter l’espérance de vie. J’émettrai une petite réserve sur le vin (quoique n’ayant pas de cave et n’en buvant pas en ce moment). Sur le reste : modération et exercice physique, je te rejoins. Les campagnes hygiénistes n’ont en effet qu’une efficacité limitée tant que les esprits ne se sont pas convaincus des bienfaits de la modération (« ne quid nimis »).
    Mais ce fatalisme dont tu parles, cette acceptation qui gagne les esprits, on les retrouve dans l’actualité, quand on accepte ce qui est présumé inéluctable parce qu’allant dans le sens de l’Histoire ou en adéquation avec son temps… Comme si ce temps était celui du bon comportement et de la pensée vertueuse. On voit bien que non.

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