De l’heure grise

Lorsque tombe le jour, une sorte d’inquiétude nous envahit. Aspiration vers l’infini ? Appel du transcendant ? Difficile d’expliquer ce pénible moment (« sentiment trouble des eaux basses, petite mort qui rôde », Gracq) qui provoque en nous confusion et marasme. Nous passons outre ou nous luttons. Hélas, la volonté mise à part, peu d’armes sont à notre disposition pour combattre ce que d’aucuns nomment « le moment de l’angoisse crépusculaire » : anxiolytiques, alcool — toutes deux mêmement nocives, quand elles ne sont pas destructrices.

L’heure grise est liée à notre condition d’homme mortel ; elle a quelque chose à voir avec « le sentiment tragique de la vie », avec la finitude. En effet, pas d’ouvrage qui ne s’efface, pas d’entreprise qui ne finisse par disparaître, pas même d’ « amour durable  » (Bourbon-Busset) puisque, dans un couple, toujours l’un part avant l’autre. Et rien pour nous consoler.

Heureux celui qui se comporte comme s’il était immortel, ne songeant qu’à sa réussite terrestre. Celui-là, sans doute, ne connaît pas l’heure grise. Sorte d’innocent aux mains pleines, il s’enivre de lui-même et de ses succès. Que la moisson soit bonne suffit à le contenter. Image réjouissante.

Résistons, cependant, à l’envie de jalouser « l’imbécile heureux ». Soyons hommes jusqu’au bout et affrontons sans artifices l’heure grise.

 

 

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