De l’indifférence

Il existe plusieurs types d’indifférences. Ou plutôt, l’indifférence possède ses degrés, chacun d’entre eux conduisant à une définition propre. Aucun rapport, en effet, entre l’indifférence de celui qui, chien crevé au fil de l’eau, semble ne plus attendre que son propre effacement, et cette indifférence, proche du détachement, qui nous aide à vivre au mieux ces existences désormais devenues au mieux cahoteuses au pire chaotiques.

Du Traité d’indifférence de Roger Nimier, au roman très connu de Moravia (Les indifférents) en passant par la nouvelle quasi confidentielle de Proust (L’indifférent), les mots de la famille ont leur petit succès, dès lors qu’il s’agit de trouver un titre. C’est que l’indifférence fascine, s’opposant rudement à ce que nous proposent les Temps, à savoir une implication de sa propre personne à tous les moments de notre vie : performant dans le monde du travail, il faudra l’être aussi dans la sexualité. Telles sont les injonctions auxquelles plus grand monde n’ose se dérober. Pour celui ou celle qui ne parviendra pas à répondre aux diktats et qui faiblira sous le fardeau, le pire est attendu : suicide au travail, perte de confiance en soi dans sa relation à l’autre sexe.

Savoir doser son indifférence, voilà qui procure un avantage certain dans nos vies devenue terriblement génératrices d’anxiété et d’angoisse. Les états dépressifs abondent dans les classes sociales défavorisées et moyennes, tandis que les classes aisées et les oligarchies n’ont jamais été aussi resplendissantes et aussi réjouies. On voit l’avantage que peut tirer la caste d’un peuple ramolli, tout juste bon à se changer les idées en regardant, sur un vaste écran plat, un match de football ou une série estampillée « US ».

Savoir doser son indifférence, qu’est-ce à dire ? Tout d’abord ne pas accorder trop d’importance à ce vers quoi les divers médias voudraient que nous dirigions nos regards. Cela veut dire ensuite relativiser certaines situations qui perdent de leurs effets dès lors qu’on les appréhende objectivement, dépouillées de tout pathos. Cela veut dire enfin ne pas se laisser interpeller par certaines situations que les Temps volontairement dramatisent, toujours aux mêmes fins : nous détourner de l’essentiel : nos vies, qu’il s’agirait pourtant de vivre pleinement et d’enrichir sans cesse.

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