De l’océan

Que le Comte de Lautréamont ait écrit de fort belles pages sur le Vieil Océan ne doit pas nous empêcher d’y aller de notre propre musique pour évoquer la voluptueuse, fougueuse et tonitruante étendue. Certes, sans doute convient-il dès l’abord de distinguer mer et océan car il n’est pas rare que d’aucuns emploient un mot pour l’autre. Pourtant, la distinction semble évidente : la mer est féminine, douce et le plus souvent accueillante (c’est une mère symbolique) ; l’océan est viril, dur et quelquefois ombrageux (c’est un père).

John Huston, se référant à un proverbe irlandais, énumère, dans son autobiographie, les innombrables vertus d’une vie passée au bord de l’espace infini. Parmi celles-ci : l’aide que peut apporter l’Océan dans les moments délicats de notre existence. C’est ainsi qu’il n’a pas son pareil pour panser les blessures, aider à leur cicatrisation ; c’est un vulnéraire d’une grande efficacité ; pas une souffrance qu’il ne sache apaiser, pas une douleur qu’il ne puisse atténuer. « Quand tout va mal, on peut toujours aller contempler l’Océan », confiait un jour Patti Smith.

De plus, l’Océan dispose des moyens de stimuler nos facultés spirituelles et intellectuelles : que l’on se livre à la contemplation ou que l’on crée, il accompagne excellemment le souffle intime. Il est apte, en outre, à aiguillonner nos sens ; complice des grands élans charnels, on peut compter sur lui pour tonifier ou donner du volume à nos passions. Enfin, qui mieux que l’Océan peut nous aider à trouver le chemin de la sérénité ? L’attention portée à l’éternel mouvement des marées, la contemplation du mystérieux horizon qui s’ouvre sur l’Infini, tout cela produit une impression d’incommensurable paix.

Indispensable Océan, médecin de nos âmes, ami de nos épreuves  et compagnon de nos joies, guide parfait de la quête suprême — celle qui conduit à l’harmonie intérieure.

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