De la philosophie à la croisée des chemins (1)

Domaine concret : la nature, les rapports humains. – Aux yeux de certains, le Moyen-Age philosophique ne serait qu’une parenthèse, un entre-deux mondes, voire un trou noir. L’argumentation est connue : il serait déraisonnable de ranger dans le domaine philosophique une doctrine, le christianisme, qui trouve son origine dans un dogme non démontré, issu d’une Révélation d’ordre divin, et dont le mode d’approche est la Foi. Pourtant, à y regarder de près, si l’on ne peut, certes, parler d’une vraie continuité, des rapprochements peuvent être effectués entre pensée hellène et pensée chrétienne. Retour aux origines.

Certes, c’est la raison qui constitue le fond commun de la culture gréco-latine du VIe et Ve siècle avant J.-C. ; mais la dimension rationnelle n’est pas la seule à structurer le discours philosophique de cette époque : il y a aussi l’idée de nature. Chez les Grecs, raison et nature sont inséparables. A leurs yeux, nous sommes tous « jetés » dans la nature, force omniprésente et universelle d’où procède toute réalité, y compris Dieu ; ainsi s’agira-t-il de se conformer à cette nature, pouvoir de croissance immanent à toute chose. Au IIIe siècle avant J.C., Stoïciens et Epicuriens mêmement développent cette idée. Elle intègre, on le voit, la notion de divin, propre au christianisme.

De plus, de même que la pensée hellène nous propose une morale de vie à visée pratique, le christianisme, se situe sur un terrain semblable, incitant à l’entraide spirituelle et même matérielle. Chez les Stoïciens comme chez les Chrétiens, il s’agit, certes, de viser son accomplissement, mais aussi de contribuer à celui des autres membres de la collectivité.

Dans le même ordre d’idée, stoïcisme et christianisme sont tous deux cosmopolites ; ils reconnaissent une vertu commune à tous les êtres raisonnables quelles que soient leur origine et leur nationalité ; et Stoïciens et Chrétiens prêchent une même indifférence quant à la condition sociale de l’individu pour ce qui concerne son salut. Même sentiment, au surplus, quant au rôle de la mission morale et des devoirs qui incombent au philosophe comme à l’apôtre : il s’agit de combattre l’ignorance de ceux qui n’ont aucune conscience de leurs propres fautes ou de leurs péchés ; il faut pardonner à l’inculte et à l’innocent ; il faut être indulgent.

On le voit, donc, pour ce qui concerne certains aspects du domaine concret (idée de nature, comportements humains), une conciliation entre religion révélée et argumentation rationnelle s’avère possible.

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