De la philosophie à la croisée des chemins (2)

Domaine spirituel : la Providence, la conversion intérieurePour ce qui concerne le domaine spirituel, les similitudes entre pensée gréco-hellène et christianisme ne manquent pas non plus. Aussi peut-on aussi, peut-être, comme pour le domaine concret (nature, rapports humains), parler de continuité.

En effet, alors que les philosophes grecs et romains évoquent une vie morale et intérieure reposant sur la confiance en Dieu , les penseurs chrétiens, dans leur développement doctrinal, nous engagent à nous soumettre aux décrets de la Providence. Perception proche, donc. Dans le même ordre d’idée, on note que, chez Epictète comme chez saint Paul, la source de la force réside en cette soumission à Dieu ; tous deux pensent qu’ils peuvent tout grâce à la puissance accordée par Dieu.

Une observation commune, au surplus, rapproche les deux courants de pensée : celle du fossé, de l’abîme qui existe entre une éducation que nous dirons « normale », moyenne, ordinaire et une vie intérieure qui ne peut s’atteindre que par une ascèse – et non par les instruments de la raison. A un monde terrestre, délimité, s’oppose le ciel, territoire de Dieu, qui se conquiert par une discipline sévère. Là aussi, que l’on se tourne vers les Stoïciens, les Plotiniens ou les Chrétiens, le constat se révèle identique. Ce dernier point, du reste, répond, chez les uns et les autres, au besoin exigeant de conversion intérieure.

Conversion qui va changer le regard que l’on porte à la collectivité humaine. Chez saint Paul, par exemple, il s’agit moins de découvrir la nature de Dieu que de sauver l’homme ; et dans le Stoïcisme impérial (Epictète, Sénèque, Marc-Aurèle), il s’agit, à travers la notion de filiation divine, d’envisager les hommes sous l’angle fraternel. Bref, à y bien regarder, la notion de « prochain » se trouve ici et là. Enfin, la conscience de la faute, la pratique de l’examen de conscience se trouve aussi bien chez les philosophes gréco-latins (et gréco-romains) que chez les Chrétiens. C’est ainsi que Saint-Augustin dans ses Confessions, comme Marc-Aurèle dans ses Pensées pour moi-même, ne cessent de tourner leur regard en eux-mêmes pour s’analyser.

Le caractère universel et humain est donc commun à la pensée grecque et à la pensée chrétienne. Un point de convergence que, d’ailleurs, les apologètes et philosophes Athénagoras d’Athènes et Justin de Naplouse (IIe siècle après J.C.), dans leur apologie respective de Marc-Aurèle soulignèrent pour faire accepter leur religion.

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