De la seconde naissance.

Il faut du temps pour naître à soi-même. L’expérience y contribue, qu’accompagne une lente maturation spirituelle. C’est que le milieu familial et social, de même que l’environnement culturel, nous façonnent, nous mettant très tôt sur les rails. Mais ces rails ne nous appartiennent pas ; ils ne sortent pas de nos entrepôts.

Bien sûr, certains individus s’accommodent allègrement de la voie tracée par d’autres. Quoi de plus aisé, en effet, que de ne jamais s’interroger sur soi, sur ce que l’on est, sur ce qui nous a construit, sur ce que l’on est devenu. D’autres, que l’inquiétude spirituelle dévore comme un feu intérieur, feront de la quête de soi l’objectif d’une vie. A ceux-là, les livres seront nécessaires, de même que la contemplation et la méditation.

Naître à soi-même nous fait franchir un pas vers la souveraineté. La souveraineté de l’être est un absolu. Nous la recherchons tous — consciemment ou inconsciemment. A y regarder de près, elle a quelque chose à voir avec la plénitude, de même qu’avec la liberté intérieure. Elle implique que l’on ne quitte pas l’unité simple avec soi-même — que l’on reste en soi. Elle implique, aussi, que l’on reste à distance des faits, des événements tels qu’ils nous sont narrés à l’extérieur ; des idées qui nous sont étrangères — qui nous viennent d’ailleurs.

Nietzsche, dans sa Généalogie de la morale, consacra une page à la souveraineté telle qu’il la concevait. De cette tentative de définition nous retiendrons, non sans un certain amusement, ce fragment de phrase : « le fruit le plus mûr de l’arbre est l’individu souverain ».

 

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