De la volonté, de la liberté et du bonheur

Volonté, liberté et bonheur sont-ils conciliables ? De façon certaine si l’on en croit l’oeuvre romanesque de Félicien Marceau. Une œuvre qui peut être ainsi découpée : tout d’abord les trois romans des débuts signés du vrai nom de Marceau : Louis Carette (Le péché de complication, Cadavre exquis et Les Pacifiques) ; ensuite les six romans, publiés de 1948 à 1955, qui conduisent à trois titres que l’on pourrait considérer comme des concessions faites à un public plus large : Creezy, Le corps de mon ennemi et Appelez-moi Mademoiselleles deux premiers seront adaptés avec succès à l’écran, d’aucuns considéreront le troisième comme un véritable thriller ; enfin, les six romans à l’écriture que nous pourrions dire académique, « à la française », et qui vont de Les passions partagées à L’affiche (publiés de 1987 à 2000).

Une constante nourrit ces livres : l’éthique volontariste. Inutile de multiplier les exemples mais, que l’on tourne les pages de L’homme du roi, de La terrasse de Lucrezia ou du dernier roman publié, L’affiche, c’est toujours la volonté qui guide les pas des personnages principaux. C’est que Félicien Marceau, qui a fréquenté de très près la geste balzacienne (il lui a consacré deux ouvrages de référence), fut fasciné par les grands ambitieux du type Rastignac. Alors que « les Hussards » Nimier, Déon, Blondin, Laurent, en leur jeune âge choisissaient Stendhal comme guide, Marceau, lui, pourtant assimilé au groupe (il fut un ami de Michel Déon, avec qui il échangea une correspondance que Gallimard publia), optait pour Balzac.

Ethique volontariste, mais aussi liberté. Liberté légère dans la vie en général (exemples saisissants dans Les passions partagées et dans ce qui en constitue une sorte de suite : Un oiseau dans le ciel), mais aussi, plus particulièrement, liberté dans le couple. Ecoutons cette confidence de Marceau : « Nous sommes faits pour avoir une grande passion. Mais si grande que soit notre passion, nous sommes plus grands qu’elle. Nous avons besoin d’un must, de quelque chose qui soit à côté et qui nous prolonge. » Peut-être est-il bon de rappeler que l’autre figure tutélaire de Marceau, dans la deuxième partie de sa vie de romancier, fut Casanova ? Et d’ailleurs, comme il le fit pour Balzac, Marceau consacra à Casanova deux études dont l’une, justement, eut pour tire : Une insolente liberté.

Volonté, liberté et enfin bonheur. Nous pourrions presque dire que le bonheur, chez Marceau est question de volonté et de liberté tant il apparaît comme le fruit de ces deux facultés. Mais c’est surtout que, peut-être, aux yeux de l’Académicien, le bonheur se décrète. Et, pour l’accompagner, cette discipline qui consiste à ne jamais laisser tristesse et mélancolie se glisser en nous ; à faire le choix de lever les yeux vers le bleu du ciel plutôt que vers les eaux fangeuses où flottent les chiens crevés, et sur les berges desquelles déambulent, l’oeil vide ou vitreux, les pauvres types.

Marceau, c’est « de la dynamite révolutionnaire » écrivit un jour Thomas Morales, évoquant l’ouvrage Un oiseau dans le ciel. Stéphane Hoffmann, quant à lui, dans un petit livre qu’il consacra à l’auteur de Creezy, constate que « Félicien Marceau n’est pas à sa vraie place, qui est celle d’un libertaire et, au fond, d’un rebelle. » Et il rajoute : « On peut d’ailleurs être surpris que les contestataires de tout poil ne l’aient pas pris pour mascotte ». Il y a sans nul doute une raison à cela : l’écrivain pouvait-il, sans perdre de sa crédibilité, se présenter à la fois comme un contempteur du Système et comme l’une de ses grandes figures (l’habit vert, l’épée), pour ne pas dire l’un de ses plus nobles représentants (la notoriété, la fortune) ? Position à l’évidence délicate, sinon contradictoire. Et les « libertaires », les « rebelles » et autres « contestataires » dont parle Hoffmann pouvaient-ils, sans se renier eux-mêmes, prendre pour figure de proue un membre de l’Académie française qui, de surcroît, habita un hôtel particulier à Neuilly ?

One Comment

  1. Brent
    Brent 21 juillet 2017 at 9 h 33 min . Reply

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