81. — Des départs, des commencements, de l’aventure

Les départs ne vont pas sans une certaine exaltation. Nous ouvrant à l’inattendu, au « champ des possibles » (Bataille), ils stimulent l’esprit et attisent les nerfs. Une certaine fébrilité les accompagne. Le mot « embarquement », appartenant au lexique spécialisé du voyage, est à prendre au pied de la lettre. Dans un départ, me voilà embarqué. Vers quoi ? je n’en sais trop rien, même si l’objectif m’est connu. C’est cette incertitude qui constitue le charme des départs.

Les commencements possèdent aussi leur séduction. On le constate en amour où, là, le meilleur de l’affaire se joue. Les commencements sont découvertes ; ils ont le charme de la nouveauté ; ils portent en eux l’inestimable fraîcheur. Renouveler les commencements, voilà la preuve que l’on a compris la vie, mieux : le sens de l’existence. Car l’existence est ce qui périt au bout de tout parcours. Renouveler les commencements, c’est recommencer à chaque fois sa vie, à l’infini.

L’aventure participe d’un autre domaine. Notons que sa nature a changé ; un demi-siècle a suffi. Des organismes spécialisés vous proposent puis vous organisent une aventure en un tour de main. Tout est pesé ; le risque, inhérent à l’inattendu, est gommé. Une assurance est prévue, l’évacuation en cas de problème aussi. Quelques solitaires, cependant, leur barda sur le dos, ne craignent d’affronter ni les éléments, ni la nature sauvage, tous deux gardant toujours leurs provisions de surprises. Un tout autre type d’aventure existe : il met en jeu deux êtres qui s’affrontent dans leur différence, avant de s’unir magnifiquement. Par définition, une aventure s’achève. C’est son destin. De même qu’il n’y a pas d’amour durable puisque dans un couple l’un disparaît avant l’autre, il n’y a pas d’aventure durable. L’aventure porte en elle sa fin comme toute vie porte en elle sa propre mort.

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