Des saisons

Chacun d’entre nous a sa saison d’élection. A celui qui adore l’été et le dieu solaire, l’amateur de la saison hivernale apparaît comme une personnalité incompréhensible, voire une anomalie de l’espèce. A l’inverse, celui que l’hiver remplit de bonheur (le froid le vivifie) se fait contempteur de la saison qui fait transpirer, voire suffoquer. Et puis il y a les saisons intermédiaires. Ce sont les saisons des poètes : l’automne traîne une mélancolie que la chute des feuilles jaunies entretient, tandis que le printemps, saison de la promesse, fait immédiatement songer au corps en devenir, voire en transformation, avec son lot d’exigences, de bouffées, de moiteurs.

Aux diverses saisons peuvent s’associer les pays. Ainsi le sud de notre pays est printanier comme l’est l’Italie. L’Espagne hésite, comme cela peut être le cas, certaines années, pour des saisons qui ne marquent pas de caractéristiques franches ; c’est ainsi que la Catalogne est printanière, tandis que le sud de l’Espagne est estival. Les amateurs de saisons fraîches ou froides, quant à eux, regarderont plutôt vers les pays nordiques tels la Suède, la Norvège ou la Finlande. Là pour eux se trouve leur bonheur ; c’est là qu’ils respirent ample. On peut les comprendre sans pour autant les approuver.

Aux diverses saisons peut aussi s’associer le déplacement de l’aiguille sur le cadran de l’horloge ou de la montre – ce même déplacement pouvant se comparer aux divers âges de la vie. Jusqu’au quart, c’est le printemps  ; le « tout est possible ». Du quart à la demie, c’est l’été ; le summum de l’énergie vitale, de l’action, des conquêtes. De trente minutes à quarante-cinq, voilà l’automne de la vie ; un voile sombre commence à recouvrir les existences ; le sang commence à se glacer. Enfin de quarante cinq à soixante, c’est la fin de la course, la volonté qui s’amenuise et s’épuise, l’à-quoi-bon, le voile noir qui recouvre tout.

Les passions, de même, lorsque l’on y réfléchit, ont à voir avec les saisons. Les passions froides (associées à l’hiver) ne sont pas les moins intéressantes : elles me permettent de vivre intensément mais sans me laisser totalement embarquer. Les passions brûlantes comme un soleil de juillet, elles, procurent une intensité de vie à nulle autre pareille ; elles ne vont certes pas sans danger, jusqu’à ratatiner le mental comme sous un rayon-laser. Les passions tièdes sont soumises à l’inconstance ; de surcroît elle drainent une certaine fadeur ; l’asepsie les caractérise. Les passions de type printanier, quant à elles, ne manquent pas de charme : ouvertes à la promesse, l’incertitude qu’elles véhiculent contraignent à l’éveil permanent, et à la surveillance de soi et de l’autre. Etre à la hauteur, y rester. Soumises à l’imprévu et aux sollicitations, elles font côtoyer le danger comme on côtoie l’abîme.

O saisons, ô châteaux,

Quelle âme est sans défauts ?

One Comment

  1. Pierre C.
    Pierre C. 23 juin 2017 at 16 h 05 min . Reply

    Ce joli nom féminin, saison – qui sait si bien jouer de ses différents atours, pour notre plus grand plaisir -, se prête aisément, en effet, à quelques variations, analogies et métaphores autour d’un même thème dont ton billet est une probante illustration.

    La saison préférée, pays aux couleurs de saison, les saisons de la vie et les passions saisonnières pourraient former une sonate a quatre mouvements.

    Pour ma part, j’eusse aimé pouvoir entendre un cinquième mouvement, celui des saisons de l’esprit, mais cela est une autre histoire…

    Un écho à « Ô saisons, ô châteaux ! » :

    « Qu’il vienne, qu’il vienne,
    Le temps (ou la saison) dont on s’éprenne. »

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