Du café du commerce

S’il est un lieu équivoque, c’est bien le café du commerce. Equivoque car, nous laissant aller au confort cotonneux qu’il procure, nous en oublierions presque l’inanité (et quelquefois la dangerosité) des propos qui s’y tiennent.

Que le client soit amateur de café ou buveur de bière, il se rend au café du commerce comme on va à l’église : pour communier. Là, dans la chaleur que génère le compagnie de frères d’armes ou de désespoir, certaines conversations s’engagent, qui se développent à l’infini, semblables en cela à la gidouille du Père Ubu, tandis que d’autres s’élèvent en tous sens et explosent en plein vol, pareilles à des fusées de feu d’artifice — un quatorze juillet quotidien.

Hélas, ceux qui s’expriment le plus ne sont pas ceux qui s’expriment le mieux ; ne sont non plus de ceux qui disposent d’une culture suffisante pour argumenter intelligemment. Un tel reproduira des propos lus dans « son » journal ou « son » hebdomadaire, tandis que tel autre, spécialiste du « vu à la télé », sera incapable de s’extirper d’une confortable platitude. Dans tous les cas ou presque, c’est « une ébriété laryngo-buccale » (Félicien Marceau) qui, au café du commerce, régnera en grande maîtresse.

Pourtant, difficile de condamner totalement ce théâtre du quotidien, lieu d’échanges entre les êtres, donc lieu privilégié, sinon indispensable en tout cas utile. Sans doute est-il utopique d’imaginer un café du commerce où le niveau de réflexion s’élèverait de quelques degrés. Dans ce cas, en effet, le café du commerce perdrait son identité. Il deviendrait agora. Fréquenté par des philosophes à la petite semaine, par des penseurs à deux sous, il serait d’une tout autre nature. Certes, intellectuellement plus riche que l’est le café du commerce, mais hélas, on peut en préjuger, tout aussi pittoresque — sinon tout aussi caricatural.

 

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