Du destin

Impossible de laisser nos vies s’écouler sans nous interroger sur le mystère de l’être, de notre être. Une batterie de questions se posent alors à nous, dont trois, les plus importantes, sortent du lot, et d’abord celle-ci : sommes nous par avance condamnés par notre hérédité ? Certes, répondre par l’affirmative est décourageant, voire déprimant. Car les cas où une hérédité ne nous laisse que du positif sont rares. Toujours une rafale de reproches vient mettre à mal l’image de l’ascendance. La voici coupable de tous les maux, de toutes les failles, de toutes les fêlures. Et je ne cesse de voir en moi les tares des aînés. En vérité, je tiens là un bon alibi pour ne pas agir. Je geins (jusqu’à atteindre une certaine perfection dans le grief, l’accusation et la plainte) mais je n’avance guère. Me voilà paralysé, m’étant moi-même inoculé les germes de cette paralysie. De surcroît mécontent de ma vie, et le plus souvent malheureux.

Image des plus réjouissantes : je suis un être libre. Surtout libre de me forger un destin. Rien ni personne ne peut m’empêcher de devenir celui que je dois être. Ma volonté suffit dans la mesure où je me donne les moyens d’accomplir ce pourquoi je suis fait. Bien sûr, se donner les moyens de parvenir à mes fins implique tout d’abord que je me défasse des liens qui pourraient faire obstacle à mon devenir. Mais quelle jouissance d’entrer dans ce nouveau monde où il ne tient qu’à moi d’être à l’aise ! et quelle jouissance de savoir ce que l’on veut et de tout mettre en œuvre pour y parvenir ! Ensuite, seule la constance sera nécessaire. Tâche exaltante s’il en est. Obtenir, gagner, vaincre, oui, quelle jouissance !

Enfin, existe une dernière catégorie d’individus : ceux qui pensent que leur destin suit une ligne déjà tracée, et ceci dès la naissance, voire avant. Leur devise : « Si tu ne suis pas ton destin, il te traîne ». Variante : « Qui promène son chien est au bout de la laisse. » Ceux-là s’abandonnent à la divine Providence. Ils ont lâché prise et attendent. Quoi ? Les signes, le hasard, de mystérieux appels. Les événements positifs de leur vie (les négatifs de même) sont mis sur le compte d’une entité supérieure agissante, différente selon les spiritualités : un taoïste ne vit pas sous les mêmes cieux qu’un chrétien ; et le Tao (la Voie) n’est pas le Paraclet (l’Esprit Saint). Que Dieu reconnaisse les siens, c’est son affaire. Quant à nous, simples mortels, notre affaire, c’est de ne pas se laisser dominer par la vie. C’est de la vaincre.

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