Du renouvellement des formes

Il est plaisant (et même rassurant) de constater que dans le domaine de l’art, et quelle que soit la discipline (littérature, peinture, sculpture, musique, danse…), lorsqu’une forme se fige ou qu’un élan se brise, toujours quelque individu (ou plusieurs) vient (viennent) bousculer, voire bouleverser l’existant. Ce fut le cas, dans la musique de jazz, avec les boppers.

C’est au Minton de Harlem que se cristallisa, au milieu des années 40, le be-bop, cette « nouvelle musique », mettant à mal la toute-puissance d’un « swing » qui, certes, fonctionnait encore à plein régime mais, d’un point de vue purement créatif, s’essoufflait. Au Minton se produisaient des musiciens tels que Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke ou Thelonious Monk, piliers de la modernité en marche.

Charlie Parker fut sans aucun doute le chef de file de ce que l’on baptisa be-bop, re-bop ou bop. Ainsi le saxophoniste se confia-t-il en ces termes : « Je ne pouvais plus supporter les procédés harmoniques stéréotypés que tout le monde employait à l’époque. Je me disais qu’il devait être possible de trouver autre chose. »

Cette autre chose : une latitude prise avec la ligne mélodique, des notes en liberté, des ruptures de rythme, des improvisations. La continuité rythmique n’est plus assurée ; c’est à celui qui développera le plus d’excentricités, qui montrera le plus de vélocité, voire de nervosité dans le jeu, qui proposera le plus d’harmonies nouvelles.

Outre Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Max Roach et Charlie Mingus, ces têtes d’affiche, ces géants de l’enregistrement mythique Jazz at Massey Hall (1953), citons pour les principaux instruments : Sonny Stitt (saxophone), Fats Navarro (trompette), Al Haig (piano), Kenny Clarke (batterie)…

L’arrivée du bop entraîna une véritable révolution. On ne pourra plus, après lui, voir la musique de jazz de la même manière. Il marquera de son influence tout le jazz qui lui succédera. Disons vrai cependant : pour être pleinement apprécié, le be-bop exige une certaine formation (une culture) et l’habitude de l’écoute (une fréquentation, une accoutumance). La récompense (le plaisir) est à ce prix.

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