Du Stirnerisme (3)

Sur la libre association. — Certes, c’est avec une fermeté proche de la radicalité que Max Stirner affirme l’unicité de l’individu. Il ne s’est cependant jamais réellement opposé à la nécessité d’une vie sociale, bien au contraire. Il énonce de manière la plus claire ici et là que l’Unique ne peut jamais mieux se révéler à lui-même qu’en s’unissant à d’autres Uniques. D’où la création de son fameux concept de libre association.

La libre association nécessite l’ouverture à autrui, l’ouverture au monde ; l’Autre, en effet, est indispensable à l’Unique qui a besoin du frère humain, ne serait-ce que pour découvrir qui il est lui-même. Etre unique n’exclut nullement l’échange car, seul, que suis-je, sinon morcellement et inachèvement ? Ce serait erreur grave que de penser que l’Unique stirnerien ne se complaît que dans la solitude ou dans la confrontation violente à autrui. L’Unique cherche l’union ; et ce qui lui est différent l’interpelle autant que ce qui lui est semblable.

Cependant, il n’en serait pas moins malhonnête de prétendre que l’Unique ne possède pas un penchant à la solitude, comme, de même, il semble évident qu’il en connaît aussi les vicissitudes. Mais sa solitude, loin d’être close sur elle-même, peut être fraternelle ( n’est-il pas courant que l’on évoque, par exemple, une agréable « solitude à deux » ?) ; elle peut tendre également au désir de partage. Egoïste, certes, mais pas fermé au monde des autres car ma confrontation à d’autres égoïstes peut m’être enrichissement.

De toutes les façons que l’on retourne le problème, affirmer mon unicité, c’est rechercher la reconnaissance de l’autre, ne serait-ce que pour me prouver et prouver aux autres mon existence. En effet, ma vie propre, dont l’objectif ultime est d’accéder à la souveraineté, ne peut être vécue qu’en relation avec d’autres personnes. La constitution de ce noyau relationnel implique que chacun de ses membres garde son caractère et ses spécificités. Il implique, aussi, que je puisse rompre à tout moment le contrat passé avec les autres Uniques. Ainsi l’association est expérience continue, semblable en cela à ce que les théoriciens des années 68 avaient baptisé « révolution permanente. »

Post Comment

CAPTCHA *Captcha loading...