Du stoïcisme

Le terme de stoïcisme est pour le moins galvaudé. Dur dans l’épreuve, le stoïcien serait celui qui supporte la douleur sans se plaindre, l’homme de la parfaite maîtrise en quelque sorte. C’est vite oublier les trois composantes de cette philosophie (voir l’ouvrage de Pierre Hadot sur Marc-Aurèle) qui, lorsqu’on l’approche avec un minimum de sérieux, se révèle non seulement quelque peu différente de l’image que, traditionnellement, l’on en donne, mais aussi d’une richesse incomparable.

La première de ces composantes concerne l’assentiment. Qu’est-ce à dire ? Que, bien souvent, nous rajoutons au fait proprement dit, à l’événement qui éventuellement nous touche, des images, des interprétations qui n’ont rien à voir avec le fait ou l’événement lui-même. Elles ne font que le déformer, voire l’obscurcir. Or je ne suis en aucune manière obligé d’ajouter quoi que ce soit à ce fait, aucunement contraint d’interpréter cet événement ; je peux me dispenser de les alourdir ou de les noircir inutilement. Les voir dans leur nudité me rend plus dégagé ; je fais un pas, et pas le moindre, vers la liberté de l’esprit.

La deuxième composante touche au désir. Ne désirer que ce qui est circonscrit dans un éternel présent, ne vouloir que ce qui est conforme à la Nature universelle (au « Grand Tout » diraient les philosophes bouddhistes), voilà qui est suivre la voie de la sagesse. En effet, le malheur de l’homme vient souvent du fait qu’il est entraîné vers un passé qui l’aliène ou un futur qui l’effraie. Seul le présent, qui concerne faits, événements et actions du moment, m’appartient vraiment. De plus, le négatif d’une vie perd de sa puissance de destruction dès lors que je le re-situe dans le Grand Mouvement universel. Réduit à sa plus simple expression, ratatiné comme une tumeur sous le rayon, il ne peut plus rien contre moi.

La troisième et dernière composante est liée à l’action. Agir, oui, mais au service de la collectivité humaine dont, au demeurant, chacun de nous fait partie. Il ne s’agira pas, comme chez Rimbaud, de « fermer le livre du devoir » mais bel et bien de le garder grand ouvert. Agir par devoir, le plus longtemps possible et le plus sérieusement qui soit. L’échec possible n’entre pas en ligne de compte ; on se doit de l’ignorer. Seule compte l’intention juste, l’intention pure qui vise le bien moral.

On le voit, le stoïcisme est une philosophie pratique dont la finalité est aussi bien la préservation de soi que la préservation du Tout. Ce qui fait sa fermeté, sinon sa puissance, c’est qu’à l’évidence elle s’appuie autant sur l’intelligence que sur la raison. Relire les Anciens tels Epictète, Sénèque ou Marc-Aurèle, ce n’est pas prendre des rides mais se rafraîchir.

2 Comments

  1. Pierre C.
    Pierre C. 14 novembre 2016 at 17 h 16 min . Reply

    Ce Stoïcien, dont s’honorait l’Antiquité, et dont tu rappelles ici, cher Raymond, les lignes de force de sa philosophie, il m’a plu de le peindre, ainsi, dans ces trois strophes :

    Oh toi ! L’homme de l’Antiquité
    Qui sait que l’action n’a qu’un objet,
    Celui du bien moral au service de la cité
    Faisant fi de l’échec si l’intention est juste,

    Qui devant les choses du monde advenant
    Sait donner simplement son assentiment, ou pas,
    Par un noble hochement de tête,

    Dont les désirs savent s’accorder
    A ce que seul le présent peut offrir,
    Et le regard se détourner du passé
    Et du futur pour ton plus grand bénéfice.

Post Comment

CAPTCHA *