Du tutorat

Les spécialistes prompts à nous conseiller dans tel ou tel domaine sont légion. Ils font florès dans le domaine de la réalisation de soi. En effet, dans un monde et des temps où tous les repères sont devenus flottants, fluctuants et pour tout dire flous, un nombre de plus en plus grands d’égarés cherchent à retrouver l’équilibre perdu (comme on dit « paradis perdu »), voire à accéder à un épanouissement de soi, généralement idéalisé, il faut le dire. Aussi, les spécialistes empressés à les conduire, adroits à les guider, ne manquent pas. Des sortes de tuteurs qui aident la plante humaine à pousser à peu près droit. Les piles de revues, d’ouvrages consacrées au sujet croulent sous le nombre, et il n’est pas de pseudo-philosophe parisien qui n’y aille de son petit ouvrage de quatre sous. Le mal-être, voilà le mal du nouveau siècle. Comment n’attirerait-il pas les gourous de pacotille, les psychologues marrons, les imposteurs habiles ?

L’individu autonome, émancipé, souverain, lui, n’a que faire des conseils donnés par autrui. Il se fait son idée lui-même et accueille par un sourire non dénué d’ironie (quelquefois avec mépris) le « sujet supposé savoir » qui teste sur lui son pouvoir de persuasion. Bien sûr, ne chercher (et ne trouver) que des ressources en soi est un dur combat ; il demande une volonté forte et une longue patience. Mais quelle jouissance à ne compter que sur soi, à ne rien devoir à autrui de ce qui fait notre être propre, notre être fondamental, notre juste nature ! Notre force, notre énergie augmentent à n’agir que par soi-même. Que les gens de santé forte abandonnent les thérapies aux malades. Ne rien devoir qu’à soi-même, voilà une bonne philosophie de vie. La seule tenable, au fond.

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