D’un certain art de vivre

Tous, que nous en ayons conscience ou pas, sommes à la recherche d’un art de vivre. De vivre mieux. De vivre au mieux. Avec, au plus lointain de notre quête, comme une sorte de mirage, le bonheur : « La recherche du bonheur est un devoir que nous nous devons à nous-mêmes », écrivait Stendhal.

L’art de vivre suppose quelques principes. Ils peuvent, quelquefois, être formulés en maximes. « Tenir, se tenir, faire face », peut être posé en règle de base. Esthétique et éthique réunies. Car notre vie n’est que combat constant contre l’adversité (au plus bas de nos préoccupations : soucis, problèmes…). Une deuxième attitude est indispensable à qui veut vivre au mieux : l’ouverture aux autres et au monde. Pas d’ambiguïté cependant pour ce qui concerne cette dernière : découvrir le monde ne consiste pas à avaler les kilomètres (le touriste) mais à l’inverse, poser ses bagages dans le lieu à découvrir (le voyageur).

Un combat est inévitable en nos vies : le combat contre l’angoisse. Il s’agira de faire en sorte que l’anxiété et ses formes extrêmes, l’angoisse, la peur, ne viennent recouvrir nos jours de leur voile sombre. La mort est là, pourtant, la grande dominatrice, qui se rappelle à nous (maladies, décès de proches) pour entretenir, soit insidieusement soit avec force, notre anxiété, nos angoisses, nos peurs. Que l’idée de la mort ne dévore ni nos jours ni nos nuits constituera l’élégance suprême.

Aborder la vie dans le sens d’un bonheur possible suppose que l’on sache appréhender l’instant dans ce qu’il peut avoir de magique. A ce propos, la sagesse universelle évoque « l’éternité de l’instant », voire le « présent éternel ». Belles expressions, en effet, et qui révèlent avec justesse ce que pourrait être une sorte d’idéal dans la gestion de l’écoulement du temps, de sa durée.

Quelle aventure, en effet, que la vie ! Les intérêts qu’elle nous offre sont multiples ; ses attraits nombreux ; ses charmes, ses séductions innombrables. Vivre en bonne intelligence avec soi et les autres suppose cependant que l’on évite un écueil. Il peut être bêtement dangereux (il est des risques stupides comme il y en a d’enrichissants) car il met en péril notre intelligence : la politique. Bien fragiles les personnalités qui s’y adonnent – des hommes à faille, des femmes à fêlure que le pouvoir ou les avantages grisent. Quant au fruit de leur action et concernant la collectivité, comme l’écrit Pierre Herbart dans La ligne de force, « pas le plus petit espoir de quelque chose qui soit seulement moins bête ».

7 Comments

  1. Aube Lagarde
    Aube Lagarde 11 décembre 2017 at 22 h 50 min . Reply

    Tu ne parles pas de toi sur ce blog et pourtant tu y es tout entier. On te devine. Enfin nous qui te connaissons. C’est curieux comme impression. On entend ta voix. Peut-être parce qu’on connaît ton propos, ton discours.
    Toujours malade de la mort, hein ? T’es pas guéri, mon bon.
    A bientôt. Ton
    Aube boréale.

  2. Pierre C.
    Pierre C. 14 décembre 2017 at 22 h 16 min . Reply

    En effet, de billet en billet, se dessine le portrait de l’auteur.

    La réflexion de Stendhal est d’une profondeur abyssale; mais que d’obstacles pour y parvenir (et le premier : soi-même !). L’essentiel étant donc de s’y essayer sans relâche.
    Conduire sa destinée, selon l’art de vivre que l’on s’est choisi, est peut-être une des définitions possible du dandysme; pour atteindre pleinement ce but, il y faudrait deux conditions, mais de taille : bénéficier d’une ample fortune… libératrice du joug des contingences matérielles et sociales, et d’une force de caractère hors du commun.
    Le fait que nous prenons, très tôt, conscience de notre finitude devrait nous inciter à ne jamais passer une journée sans l’avoir sacrifier à notre propre art de vivre – mais hélas, la plupart du temps cette conscience d’être mortel est vécue, en effet, seulement comme une angoisse…

  3. Pierre C.
    Pierre C. 15 décembre 2017 at 9 h 52 min . Reply

    Je reviens piquer deux épigraphes* en guise de broches au revers de ce billet auxquel, je pense, elles s’accorderont parfaitement :

    « Il n’y a rien à craindre des dieux.
    Il n’y a rien à craindre de la mort.
    On peut atteindre le bonheur,
    On peut supporter la douleur. »

    Diogène D’OEnanda

    « Le plus beau des courages, celui d’être heureux. »

    Joubert

    * ce matin, ouvrant le premier roman de Philippe Sollers, « Une curieuse solitude », j’ai redécouvert ces deux épigraphes.

  4. Raymond Espinose
    Raymond Espinose 15 décembre 2017 at 16 h 00 min . Reply

    As-tu lu, très cher Pierre, Angelo, de Giono ?
    On pourrait presque dire que ce roman est plus stendhalien que du Stendhal.
    Outre que toutes les vingt pages Angelo est « au comble du bonheur », on trouve ceci, p. 114 du Folio :
    « Il n’y a pas de tâche plus noble que la poursuite du bonheur. »
    Cet Angelo est celui du Hussard sur le toit et du Bonheur fou.

  5. Pierre C.
    Pierre C. 16 décembre 2017 at 17 h 41 min . Reply

    Non, cher Raymond, je n’ai pas l’heur de connaître ce roman de Giono, mais ta remarque émoustille ma curiosité.

    Jadis, je tombai sur un article faisant l’éloge de « Le Moulin de Pologne » de Giono, qui, soulignait l’auteur dudit article, tient une place à part dans son œuvre – est-ce vraiment un roman qui gagne à être connu ?

    De plus, pour ajouter à la liste des propos et réflexions concernant le style en littérature, voici :
    Stendhal écrivait à Balzac : « Je ne vois qu’une règle : le style ne saurait être trop clair, trop simple. Si je ne suis pas clair, tout mon monde est anéanti. »

  6. Raymond Espinose
    Raymond Espinose 16 décembre 2017 at 19 h 53 min . Reply

    Le Moulin de Pologne, non, je n’ai pas lu. Mais j’insiste : le stendhalien que tu es doit impérativement lire Angelo, une sorte de brouillon du Hussard sur le toit (donc sans longueurs).
    Pour ce qui me concerne, de Stendhal, c’est surtout Henry Brulard et Souvenirs d’égotisme qui me parlent. Quant au roman XIXe, je mets au plus haut L’éducation sentimentale de Flaubert, dont le style touche à la perfection et qui contient tous les thèmes qui balaient une vie : la jeunesse, l’ambition, la révolution, la désillusion, l’échec, l’amitié, la fuite du temps, les amours faciles, l’amour tout court, etc.
    Dans les ouvrages singuliers de Giono, il y a Noé, qui traite de la création fictionnelle.
    Sur le bonheur, ceci de Prévert que tu dois certainement connaître (c’est dans « Le matin ») :
     » (…) je me lève de bonheur / Presque tous les matins de ma vie. »

Post Comment

CAPTCHA *Captcha loading...