Henri-François Rey essayiste, Les sentiers de l’utopie

EditeurLes éditions Orizons

– Durant les décennie 60-80, la voix d’Henri François Rey compta dans la vie littéraire française. Après des débuts  dans le milieu de l’écriture cinématographie (Rey retape des scénarii), ses premiers romans sont couronnés (La fête espagnole, Prix des Deux Magots en 1959, Les pianos mécaniques, Prix Interrallié en 1962, tous deux portés à l’écran). Sollicité par divers journaux, Rey fait ensuite montre de prolixité dans le milieu de la critique, tant littéraire que cinématographique ou picturale. Auteur d’une douzaine de romans et de trois essais, il écrivit, de plus, deux pièces de théâtre.

L’oeuvre de Rey mérite d’être revisitée. Les romans, tout d’abord, et en particulier « la trilogie Cadaquès » (Les pianos mécaniques, Le Rachdingue, le Barbare), écrite d’une plume à la saisissante efficacité. Les essais, ensuite, qui reprennent, sous une forme à peine différente, les thèmes exploités dans les romans (la quête de l’identité, la schizophrénie), exploitent les mêmes mythes (le Phénix, Protée) et utilisent les mêmes références (Don Quichotte, Bosch ou Dali). Essais qui, enracinés dans le passé — tour d’horizon des échecs de l’Histoire –, regardent insolemment vers l’avenir (créer l’homme nouveau).

11 Comments

  1. Francis L.
    Francis L. 28 décembre 2018 at 16 h 18 min . Reply

    Je me suis donc mis en route et je vagabonde sur les sentiers de l’utopie ; mais cette étude est sérieuse et demande de l’attention, tant l’analyse de l’oeuvre de Rey est pertinente et fouillée. La société est toujours castratrice et coercitive, les ouvrages de l’auteur le démontrent clairement. En fait, cela donne envie de lire ou relire cet auteur oublié de nos jours mais toujours d’actualité

  2. Corine E.-R.
    Corine E.-R. 29 décembre 2018 at 10 h 10 min . Reply

    J’ai commencé à lire ton essai. Intéressant ! à suivre…

  3. Bruno Robaly
    Bruno Robaly 29 décembre 2018 at 10 h 19 min . Reply

    « Une révolution, une révolution qui verra l’homme s’accepter enfin dans sa totale solitude, s’assumant entre sa naissance et sa mort en pleine responsabilité ». C’est peut-être cette phrase qui résume le mieux le projet – politique et philosophique –d’Henri-François Rey. Et c’est sur ces « sentiers de l’utopie », souvent casse-gueule, que Raymond Espinose nous embarque dans son dernier ouvrage.
    En fait, Raymond Espinose a remis sur le métier la version originelle de son essai, parue il y a vingt ans. L’écrivain fait partie de la fratrie des apôtres d’Henri-François Rey (1919-1987), surtout connu pour ses romans, dont «Les Pianos mécaniques» (1962, prix Interallié) ou «Le Rachdingue». Mais l’exilé de Cadaquès (entre 1960 et 1975), où il fut le voisin de Dali avant l’invasion touristique, a également signé une poignée d’essais – «Schizophrénie, ma sœur», «Dali dans son labyrinthe», «Feu le palais d’hiver».

    C’est cette œuvre de combat que Raymond Espinose ressuscite aujourd’hui, dans un de ces « temps de confusion » où « peuvent s’imaginer au mieux les plus spectaculaires évasions vers de nouvelles constellations où tout serait différent ».

    Un état des lieux ouvre ainsi l’ouvrage sur un « monde en ruine », celui de la fin du XXe siècle – mais on comprend vite que, pour Raymond Espinose, le nôtre souffre des mêmes gangrènes : « Peut-être, ce dont nous mourrons, c’est de l’absence de grandes et de folles théories, de projets déments, bref, d’utopie. Car seule l’utopie est génératrice de changements », martèle Henri-François Rey.

    Raymond Espinose condense et cite : « l’homme est malheureux. Pire : chaque jour le voit s’enfoncer davantage  »dans les abysses de la terreur et de la connerie »». Alors Henri-François Rey sort la sulfateuse et arrose large : haro sur le marxisme, la psychanalyse, l’intelligentsia (et « la trahison des intellectuels »), la presse, les politiques, les technocrates, les transnationales, mais aussi tous les « cocus consentants et moutonniers » – et nous sommes alors nombreux.

    S’appuyant sur la ligne de Rey, Raymond Espinose ne rate pas, lui non plus, la gauche française « en-deça du seuil de pauvreté idéologique ». Cela vaut bien un bon mot : « Aujourd’hui, la gauche ne descend pas dans la rue mais  »défile », ce qui bien différent, encadrée par deux services d’ordre, le sien et celui de la police d’Etat ».

    Face à l’« establishment », Henri-François Rey et Raymond Espinose agitent l’individu – « l’individualisme est un humanisme » – et ressortent le drapeau noir de l’anarchie et de l’idéal libertaire. Ils en appellent aussi aux grands anciens pour y puiser une pensée neuve – ou rêvée comme telle – qui pourrait nourrir des « intellectuels anticorps », seuls aptes à vaincre les maladies de l’homme – un sombre triptyque de névroses dues à la mort, à l’autre, à la nature. De Proudhon à Burroughs, en passant par Rousseau ou Dali, les références sont cependant d’autres siècles, quand de nos jours s’agitent sur nos écrans les chantres du transhumanisme, quand les nouveaux libertaires vivent plutôt du côté de la Silicon Valley.

    Henri-François Rey vante la marge, à laquelle font désormais écho les « lisières » que cultive Raymond Espinose à Pau. L’ «homme sous sa forme actuelle est mal construit, mal réalisé » ? Il faut le changer. Et pour cela, avant tout « abattre le mythe même du concept de société tel qu’il fut jusqu’à ce jour ».

    Au détour d’une page, on trouve un appel à l’insurrection armée. Un moyen radical de régler son compte à la société. Cependant, il faut aussi s’attaquer à soi-même et éventrer sa propre bourgeoisie, se purger des trois susdites maladies. Raymond Espinose détaille notamment – sans en occulter les écueils – l’ « expérience schizophrénique » défendue par Henri-François Rey pour accéder à d’autres réalités. On passe ici d’un sympathique « style voyou » aux portes de la folie. Sur un fil. C’est Cadaquès côté falaises plutôt que côté plages, et sous un soleil noir.

    Que faire, en ce mois de décembre 2018, de cette invitation si humaine à rallier la « pègre » des « penseurs voyous » ? Peut-être est-il déjà trop tard. Mais ce livre bien vivant, avalé d’une traite, donnera peut-être le goût d’un certain combat aux générations actuelles et futures. C’est déjà ça.

  4. Aube L.
    Aube L. 30 décembre 2018 at 18 h 34 min . Reply

    Ephémère romancier. A un moment, son inspiration s’est tarie.
    Les pianos mécaniques, je dois dire, m’avaient filé le bourdon.
    L’adaptation filmique de Bardem, je ne l’ai pas trouvée terrible (malgré la présence de Melina Mercouri).
    J’avais entendu vaguement parler du livre sur Dali.
    A l’époque, les journaux féminins faisaient appel à HF Rey pour parler du peintre (Elle, Le Figaro Madame…).

  5. Bérangère Bonnaventure
    Bérangère Bonnaventure 30 décembre 2018 at 20 h 21 min . Reply

    J’avais lu La jeune fille nue, couverture jaune Grasset.
    J’avais pas trouvé terrible.
    Je vais commander ton essai, couverture jaune aussi, comme les gilets.
    J’espère qu’il n’est pas trop politique. Je sature.

  6. Caro
    Caro 31 décembre 2018 at 22 h 00 min . Reply

    Cette expérience, l’antipsychiatrie (p 105 à 112 de ton livre), me parle.
    Je me demande si, à l’époque, le lacanisme ne l’a pas occultée.
    En tout cas, on comprend pourquoi l’entreprise a avorté :
    il aurait fallu presque un médecin par malade, donc beaucoup d’argent.
    Peut-être aussi que ça gênait l’institution.
    Je vais me procurer un ou deux ouvrages de Laing et Cooper.

  7. Simon T.
    Simon T. 3 janvier 2019 at 10 h 09 min . Reply

    Sur You Tube, un type, Daniel Vernat, lit quelques pages des Pianos mécaniques : c’est existentiel.
    Toujours sur YT, on trouve le film en entier, mais en espagnol.

  8. Pierre C.
    Pierre C. 5 janvier 2019 at 22 h 28 min . Reply

    Le titre de cet essai convoque, chez moi, quelques digressions :
    Les sentiers de l’utopie… un titre, beau comme un oxymore.
    D’autre part, le titre de ton dernier roman, « Plus jamais nulle part « , pourrait-être une chatoyante définition de l’utopie (une chimère hors de tout lieu…).

  9. Rémi
    Rémi 10 janvier 2019 at 14 h 35 min . Reply

    J’ai beaucoup apprécié ce livre, un bel hommage à un auteur que je ne connaissais pas du tout, et à une pensée qui reste très actuelle dans ses constats et peut-être même certaines de ses démarches. J’ai aussi bien aimé la façon dont est retracée et mise en perspective cette révolte littéraire (et littérale) de Rey, on peut le suivre avec aisance sur ces sentiers -où il a du se trouver un peu seul il y a quarante ans- qui refusent de se résigner au désastre.

  10. Franck L.
    Franck L. 15 janvier 2019 at 19 h 00 min . Reply

    Comme je te l’ai dit, avant la publication de ton livre, j’avais très peu entendu parler d’Henri-François Rey. Très vite le chapitre « Crise de civilisation » m’ a fait entrer dans le vif du sujet, un portrait parfait de notre situation actuelle. Je note au passage que la crise qui se développe actuellement est plus profonde que celle de Mai 68. Passant de ce chapitre, une fois sa lecture achevée, à celui intitulé « Anarchisme » j’ai remarqué que Rey avait là une pensée certes pessimiste mais plutôt juste concernant les masses paupérisées et maintenues dans cet état par les financiers de tous bords refusant la redistribution. Et lorsque l’ on a plus rien à perdre…. Autre chapitre que j’ entame, dans l’ordre cette fois : « La fin des Idéologies ». De quelle façon H.-F. Rey va t-il voir cette liquéfaction ? Je poursuis ma lecture avec intérêt.

  11. CIRA Marseille
    CIRA Marseille 15 janvier 2019 at 19 h 02 min . Reply

    Raymond Espinose est l’auteur d’une quinzaine de livres, dont des essais consacrés à Boris Vian, Albert Cossery et Jacques Prévert. Il s’est intéressé à un écrivain un peu oublié aujourd’hui : Henri-François Rey, qui, à plusieurs reprises, a exprimé sa sympathie pour les idées anarchistes (il a notamment écrit et fait jouer une pièce sur la bande à Bonnot).

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