La réponse faite à Mona

Couverture du roman de Raymond Espinose, La réponse faite à Mona

Mo­na, ce pour­rait être la pas­sante, celle qu’on eût ai­mée ; la fu­gi­tive beau­té, celle qui porte notre jeu­nesse en al­lée : les an­nées soixante et soixante-dix, les nuits blanches de Mont­pel­lier, ses rues éc­ra­sées d’été, les ca­fés, les iv­resses étu­diantes, les li­b­rai­ries, la lec­ture d’Apol­li­naire et de Vian, la plage, les paquets de Gi­tane sans filtre, les chan­sons de Fer­ré et le jazz de Col­t­rane.
Mais ce n’est pas que ce­la, c’est en ef­fet aus­si une ré­ponse ; la ré­ponse qu’on fait à la vie, qu’on au­ra faite à la vie, ap­rès qu’elle a pas­sé.
Et cette ré­ponse se­ra la vo­lon­té inexo­rable, sans ja­mais dé­ro­ger, de s’être ap­par­te­nu ; tan­dis qu’elle se­ra au­tant la lit­té­ra­ture, l’éc­ri­ture et la lit­té­ra­ture, comme dis­ci­p­lines, comme via­tiques jus­te­ment.
Et alors tout re­vien­d­ra à nou­veau : les grands étés, puis le vi­sage de Mo­na qui se ré­vèle à la lueur d’un briquet, et dans lequel on con­tem­p­le­ra l’ordre du monde, l’har­mo­nie re­t­rou­vée.

22 Comments

  1. Franck
    Franck 12 août 2019 at 21 h 36 min . Reply

    J’ai commencé les premières pages de Mona. Tu nous ramènes dans les belles années 70, Le Bousquet d’Orb, Montpellier, où tous nous vivions dans une belle insouciance.

  2. Sylvain
    Sylvain 12 août 2019 at 21 h 40 min . Reply

    Aussitôt reçu, j’ai feuilleté Mona et suis tombé sur mon pseudonyme officiel, p. 151, en présentation de La ligne de force.
    Re-merci pour ce rappel, sachant que ce livre n’a que peu de lecteurs — mais trop serait un malentendu, n’est-ce pas ?

  3. Françoise
    Françoise 12 août 2019 at 21 h 41 min . Reply

    Ambiguïté de l’écriture de soi ou de toute écriture où, à vouloir se dire ou dire, on plonge — et peut-être se perd — dans son mystère, son insondable — ou un inconnu renouvelé.

  4. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 12 août 2019 at 21 h 44 min . Reply

    J’ai achevé la lecture de Mona. Félicitation. Pour moi, Espinose est toujours aussi passionnant. Mais c’est aussi peut-être parce que je dispose de clés pour lire entre les lignes…

    Mona est un livre encore plus autobiographique, nettement, que Plus jamais nulle part.
    Du coup, j’ai rouvert les Carnets. Pour que me soit confirmé qu’une partie du « roman » ( « roman », ça me fait tout de même bien rire) est déjà présente dans Lisières, et plus encore dans les « Dérives » de Distances. Par exemple, j’ai retrouvé dans Distances l’épisode des militaires débarquant sur la plage de l’Espiguette. Ainsi que la création du petit groupe « La Pléiade ». Et bien d’autres choses. En particulier Z., devenue Marie-Ange dans le roman.

    Les obsessions et les passions évoquées ne sont pas exclusives au personnage de ce roman-ci : Herbart, Stirner, Rey, Le Bousquet d’Orb, le passé anar, la CNT, Chartres, le prof de lettres qui court, ne boit que de l’eau, on trouvait déjà tout cela dans Plus jamais nulle part.
    Toujours repéré dans les Carnets : mentions de la rue Jacques d’Aragon, des Mélines, la fille du directeur de l’Hôtel de France, au Mont-Dore (Lisières). Bien entendu, qui n’a pas fréquenté le vieux Ray, passera à côté de ces réalités.

    Cette histoire d’anciennes amoureuses de Mona qui vont oeuvrer à ce que Fourastié écrive l’histoire de sa liaison avec elle – façon indirecte de lui répondre – n’est qu’un prétexte, un procédé… qui ne dérangera pas le lecteur à partir du moment où il pense être dans un roman, imaginant très bien cette belle et grande fille hiératique. Et puis, il aime les intrigues. Cet affrontement sourd : « Qui es-tu ? – Tu ne sais pas qui je suis. », le message dans le paquet de cigarettes, les liaisons canadiennes. Pendant un petit moment, je me suis demandé si Mona a existé…

    Plus généralement, ton livre me parle, comme les précédents. C’en est confondant. Nous avons une vision du monde tellement voisine… Une sensibilité, certes, mais aussi un regard sans concession sur ce qui nous entoure et nous questionne (goûts littéraires, littérature du Moi, retour de la pudibonderie, la liste est longue). Noté au gré de ma lecture quelques passages essentiels ou avec lesquels je m’accorde pour ainsi dire parfaitement.

    Ainsi :

    – p.73 : « La nature, les filles… » Très juste impression ! J’aurais aimé écrire cela.
    – p.76 : « Marie-Ange » ne lit pas tes livres. Ni tes filles. Encore un point commun avec moi. Nos proches ont-ils peur de nous, de ce qu’ils vont découvrir dans nos histoires et nos écrits intimes ?
    – p.78 : Le féminisme revanchard et revendicateur qui n’a (toujours) rien compris aux rapports hommes-femmes. Exact.
    – p.79 : Le café et les croissants chauds le matin, après une nuit de cuite à Montpellier (de mon côté : au Tiffany’s, Canécao, Esquinade, si mes souvenirs sont bons), pris au bar en face de la gare. Puis le footing au bois de Montmaur. De même la librairie Sauramps, sise alors en haut de la rue Saint-Ghillem. Tout cela, je l’ai connu !
    – p.80 : Cet accès de nostalgie : « Il me paraît inconcevable… » Je souscris encore.
    – p.97 : Jalousie, anarchisme. Comment concilier les deux, en effet ?
    – p.107 : « J’ai la passion des êtres… » J’éprouve le même élan. Et, tout comme toi, en particulier vis-à-vis des femmes.
    – p.119 : 10 mai 81. J’étais à Montpellier, ce jour-là. Avec mon naïf camarade qui avait voté la Mitte et s’imaginait que tout allait basculer. Un peu après, nous partions pour un tour d’Europe et les socialos, craignant les évasions fiscales, limitaient les sommes en liquide dont pouvaient se munir ceux qui quittaient le territoire. Nous avions plié nos biffetons dans les emballages de cassettes audio.
    – pp.138-139, la phrase : « Je l’avoue sans forfanterie… » Approuvé !
    – pp.181-182 : Ce que tu écris sur l’amitié est ô combien vérifié.

    – La phrase de Huguenin en exergue du livre ; je ne la connaissais pas. En voilà un qui s’assumait.
    – La Merteuil : Clin d’oeil aux Liaisons dangereuses ?…
    – Quid de De la déception pure. Manifeste froid, dont des citations débutent les chapitres ? Une allusion au Regard froid, de Vailland ?

  5. Franck Larrouy
    Franck Larrouy 12 août 2019 at 21 h 46 min . Reply

    Ton dernier livre m’a accroché dès les premières pages. Cette façon que tu as de nous promener d’une scène à l’autre… Quel art du mouvement !

  6. André Dedet
    André Dedet 12 août 2019 at 21 h 49 min . Reply

    Une lecture agréable avec une intrigue bien conduite. Au final du chapitre XII m’est venu à l’esprit ce joli vers de Verlaine  » Le clair de lune quand le clocher sonnait douze « , et puis après deux ans d’amour fou, Arthur, meurtri, après sa saison en enfer :  » Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher à cette heure  » ( » Nuit d’enfer « ). Il y a aussi quelque chose de diabolique que l’on présume avec le personnage de M. Merteuil : une liaison dangereuse.

    Après le final, retour en première page pour vérifier qu’il s’agit bien d’un roman. Si comme l’énonce le narrateur :  » Il est plus facile de se duper soi-même que de duper les autres  » (p. 60), sans doute cela est possible avec une autobiographie où l’on est censé avancer à découvert mais dans le roman on est au-delà de la duperie. Avance-t-on masqué ? C’est indicible. Le cartésien «  larvatus prodeo  » ne marche pas.

    (Les braves moines bénédictins italiens arrivant à Noncel (toponymie incertaine) ont amené le châtaignier qu’ils plantèrent en terre acide (carbonifère). Cet arbre délicat ne supporte pas le calcaire, ni les froidures du nord. Mais, privilège du romancier, Julien Gracq, néanmoins géographe et botaniste averti, nous pointe, du haut de son Balcon, un joli châtaignier dans la forêt des Ardennes : liberté du romancier qui n’est tenu, tout au plus, qu’à rendre son lecteur captif. Et pourquoi pas un oranger sur le sol irlandais ? Et  » un lac sur les pierres « ).

    Un paquet de Gitanes : sans parole perdue ou cachée il n’y a pas de quête. Le mythe de la parole perdue (Hiram) est primordial dans la franc-maçonnerie. L’approfondissement spirituel personnel se fonde sur la recherche de la parole perdue sans laquelle il n’y aurait pas de quête. C’est la recherche du Graal et de la Dive bouteille rabelaisienne.

    La parole retrouvée, le héros rentre à la maison.

    Et puis, une fois le héros retourné à la maison, je suis revenu à la couverture, avec un regard nouveau sur le cadrage gros plan de Zoé, une fille adoptée de type India

    Il y a toujours du déplacement dans le roman.

    Huit août 2019.

  7. F.L.
    F.L. 12 août 2019 at 21 h 51 min . Reply

    Rencontrant Mona, ton héros Fourastié tombe sur sur un os ; il a du mal à cerner cette fille. Et même plus tard, lors du départ de Mona pour le Canada, après sa question :  » Qui es-tu ?  »
    Tu nous régales, Raymond, mille fois merci.

  8. Françoise B.
    Françoise B. 12 août 2019 at 21 h 54 min . Reply

    Je salue ce travail d’écriture mené à son terme qui représente des heures de réflexion, d’hésitations, de rage, et je suppose aussi de douleur et au final de satisfaction apaisée.

    En t’écrivant, je me rends compte qu’il m’est difficile de dissocier Serge Fourastié de Raymond Espinose, d’autant que tu joues l’ambiguïté. En effet, Mona est un roman qu’est en train d’écrire un écrivain d’âge mûr, évoquant une passion de sa jeune maturité (27 ans) et qui répond, du haut de sa soixantaine sonnée, à la question posée par celle qui l’éconduisit :  » Mais qui es tu, au fond ? « . Or toute sa et ta vie personnelle sont celles d’un homme modelé et se modelant par la littérature, par l’écriture, sondant le passé en plongées successives, répétitives, presque obstinément, pour tenter de répondre à la question  » qui suis-je ? « .

    Je ne sais si Mona s’attendait à une si longue réponse et même si c’était une question à prendre au premier degré. Tu vois combien tu embrouilles la lecture… Je crois aussi que tu as toi même désamorcé les  » critiques  » potentielles de tes futurs lecteurs.

    Cela dit, il y a dans Mona de très belles et fortes pages et j’ai souri devant ta provocation lancée à tes lecteurs du XXI siècle en osant user l’imparfait du subjonctif.

  9. F.
    F. 12 août 2019 at 21 h 57 min . Reply

    Chacun de nous, tel le héros de ton roman, a rencontré un être qu’il n’a pu oublier à cause d’une question restée à jamais sans réponse.

  10. Fourcassié
    Fourcassié 15 août 2019 at 21 h 51 min . Reply

    Heureux, en découvrant Mona, de recevoir par son entremise des nouvelles poétiques de mon ami ; sans doute est-ce pour cela qu’il écrit.

  11. Jerome North
    Jerome North 16 août 2019 at 7 h 02 min . Reply

    Je vois ce roman comme une quête en apnée de soi avec ses gouffres (le père, la mère…) et ses soleils intérieurs (la jeunesse festive, Lorraine…). Avec l’individuel (la littérature comme ascèse, une sorte de jansénisme littéraire…) et le collectif (les présidences de Gaulle et Mitterrand…). Avec la poésie (des lieux, de la vie même) et l’idéologie (communisme, anarchisme…). Au final un roman-somme, un livre-vie…
    J.N., 16 août.

  12. Bruno Robaly
    Bruno Robaly 16 août 2019 at 20 h 35 min . Reply

    Site LA REPUBLIQUE DES PYRENEES :

    Avec La réponse faite à Mona, son nouveau roman, Raymond Espinose remet son double Serge Fourastié en selle et part à l’assaut de sa forteresse intérieure avec de nouvelles ambitions : faire résonner les silences, fouiller les non-dits et les mensonges, arranger des souvenirs « qui s’entrechoquent dans le plus grand désordre », et répondre à la seule question qui vaille, que lui a tendue – il y a si longtemps – la mystérieuse Mona comme un miroir avant de disparaître : « Mais au fond, qui es-tu ? »

    Dans ce leitmotiv lancinant réside toute l’énigme, l’essence de ce « livre mi-confession, mi roman vécu. » Deux cents pages envoyées au vent, à toutes fins utiles – comme un ultime jeu de séduction, peut-être… Fourastié-Espinose lui-même s’interroge, au détour d’une page : « Tout-à-fait entre nous : ça vous intéresse vraiment cette histoire… Enfin… mon histoire ? »

    Car Raymond Espinose ose désormais une autodérision qu’on ne lui prêtait guère jusqu’ici, notamment quand il fait dire à Pierre Delahaye, l’éditeur de Serge Fourastié : « Tu nous « sors » la même chose depuis trois décennies. » Et l’auteur d’en convenir : « Au fond, je raconte toujours la même histoire, avec des personnages à peu près identiques. »

    Aujourd’hui, Raymond Espinose s’en amuse, sans faire cas de la couverture, jouant de petits décalages : au glissement des capitales des prénoms et noms de l’auteur et de son double s’ajoutent les déclinaisons des titres, la bibliographie de l’un étant l’écho ludique de celle de l’ « autre ». Même Pau, une partie du décor de l’ouvrage, n’est plus aussi travestie qu’avant.

    Raymond Espinose n’est plus, également, dupe de ses tics d’écriture, de langage. Il assume ses « sylphides », ses demoiselles, tout comme ses appétences sensuelles et sexuelles d’un autre temps (le mitan du XXe siècle, une éternité). « Je ne suis pas un homme du passé. Mais, c’est vrai, il arrive que le passé me saute au visage », fait-il confesser à son Serge.

    Le second degré permet souvent d’éviter les écueils – tant pour l’écrivain que pour le lecteur. Le style aussi a cette vertu. Le style, c’est d’ailleurs la seule fidélité à laquelle s’attache Raymond Espinose – et nous savons que c’est chez lui un exercice quotidien, un entretien scrupuleux. Car il s’agit d’être d’attaque quand l’objet de la quête est rien de moins que « le sens de l’être féminin », ou l’écho de cette « jumelle androgyne qui nous ressemble et nous rassemble » – un relief du Banquet de Platon, accommodé à toutes les sauces depuis des millénaires.

    Alors, ce style hors du temps et cependant agile court après une jeunesse enfouie, une parole perdue que l’on cherche en vain – et qu’importe le message secret qu’a laissé Mona dans le paquet de clopes qui a échappé à Fourastié ! Espinose, lui, a pris bonne note de l’injonction de Nadja à Breton : « Prends garde, tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste. »

    Léo Ferré, Barbara, quelques titres de be-bop, servent de bande originale à ce retour aux sources – du mal ou du bien, on s’en moque. Raymond Espinose est né en 1949 et n’avait pas vingt ans lors du fameux Printemps : « Notre vie, notre « vraie vie », prit fin cinq ans après mai 68 » souffle son double. C’est ici que tout se joue, même si l’épilogue attendra 1976, un millésime de sécheresse, aux tanins terribles. Tout un symbole.

    Un demi-siècle plus tard, Raymond Espinose est-il resté « l’anarchiste individualiste [qu’il était] à 17 ans » ? Chacun se fera son avis… Une certitude, cependant : à 70 ans, il ne peut toujours pas cacher ses agacements, voire ses colères, face au « système ». Ni ses interrogations face aux « hommes à tiroirs » alors que lui ne se rêve qu’en bloc brut, affranchi des scies et des rabots de notre société, imperméable à l’âge, révolté face à l’époque. Ecce homo.

    Il est d’ailleurs amusant de noter que l’écrivain fait encore (et toujours) l’éloge de Sartre à l’heure où l’état du monde impose plutôt de lire Camus. Heureusement, il cite Nietzsche, Henri-François Rey ou Pierre Herbart, des lignes de force qui l’unissent à ses amis, au-delà des querelles idéologiques et des modérations de commentaires.

    Enfin, La réponse faite à Mona, ancrée à son terroir, révèle un Raymond Espinose brûlé aux « passions froides » et sevré d’alcool fort, qui préférera toujours un couchant sur l’Orb aux lueurs de soleils lointains, pour ne pas dire exotiques. Patiemment, pourtant, il crée son espace dans ce petit périmètre. Et chaque livre fait entrer un peu plus de lumière dans cette caverne, matrice de bien des mythes, que l’écrivain n’a visiblement pas fini d’explorer.

    Ses amis sont ainsi rassurés : malgré les apparences, cette « réponse » ne peut avoir valeur de testament. Même à maturité, trop de questions restent ouvertes.

  13. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 18 août 2019 at 19 h 53 min . Reply

    « Connais-toi toi-même » nous avait dit l’ancien avec juste raison. De tout temps, ce précepte a été au cœur des préoccupations humaines. La connaissance de soi est certes un exercice vivifiant, enrichissant mais parfois déstabilisant pour un esprit faible ou du moins tracassé par les soucis du quotidien.

    Alors, entreprendre la connaissance de l’autre apparaît comme une tâche insurmontable car elle requiert, au préalable, l’assentiment de l’autre individu pour aborder sur son rivage. D’ailleurs, il y a souvent un réflexe d’autoprotection qui fait dire : » qui es-tu, toi, qui veux me connaître ! » Autrement dit, en un rien de temps, une incompréhension mutuelle s’installe et les quiproquos peuvent fleurir à leur aise.

    Si, de surcroît, l’amour vient se greffer sur ces êtres tourmentés qui vont vivre en symbiose pendant deux ans puis s’autodétruisent inexorablement puisqu’à la fin de leur aventure, ils s’aperçoivent qu’ils ne se connaissent pas vraiment.

    C’est l’éclairage que je donne au dernier roman de Raymond Espinose La réponse faite à Mona dont la lecture m’a fait comprendre que, finalement, tout est vain et que, quelles que soient les relations nouées, on est toujours seul face à soi-même. La chasse aux souvenirs n’enrichit pas le présent mais elle le déforme et lui donne parfois un aspect nébuleux favorisant les illusions perdues pas forcément chères à Balzac.

    Ce roman qui traverse la vie du personnage principal Fourastié et peut-être aussi celle de son créateur me laisse une impression anxieuse, un trouble indéfini comme s’il était empreint de désillusions. C’est un roman du désenchantement nourri aux aléas de la vie. Quoiqu’il fasse, quoiqu’il dise, quoiqu’il aime, quoiqu’il pense, l’individu tourne indéfiniment sur lui-même à la recherche de sa véritable identité qu’il approche parfois sans jamais la saisir véritablement.

    F.L., ce 18 août 2019

  14. Caroline Sépius
    Caroline Sépius 18 août 2019 at 20 h 00 min . Reply

    Fourastié veut-il vraiment connaître les mots griffonnés par Mona dans le paquet de Gitanes ?
    Veut-il vraiment connaître le véritable lien qui rattache la jeune femme à Dimitri ?
    Pas si sûr.
    La quête, sa nature, plus importante que son résultat, que son fruit.

    Caro.

  15. Bérangère Bonnaventure
    Bérangère Bonnaventure 19 août 2019 at 11 h 00 min . Reply

    Fourastié s’entête à vouloir saisir le Moi, lequel par nature est fuyant.
    Plus le héros s’en approche, plus le Moi s’éloigne. Les souvenirs, pas toujours roses, pas toujours gais, n’aident en rien cette quête désespérée. Ils ne font qu’engluer Fourastié, qu’à le faire tourner autour de son nombril. N’était-ce pas déjà le cas dans le précédent roman, Plus jamais nulle part ?

    Cependant, la confession à laquelle Mona aura plus ou moins contraint le narrateur n’est pas tout-à-fait vaine. En effet, il semble, à la lecture des dernières lignes, que cette plongée vers le centre de soi lui ait fait comprendre que, sinon le bonheur en tout cas une certaine plénitude, il les a déjà trouvés auprès de sa légitime, Marie-Ange.

    Il faudrait que Fourastié ouvre enfin les yeux en regardant devant lui, autour de lui et auprès de lui, au lieu de fixer son regard sur son nombril.

    Bébée.

  16. Francky
    Francky 19 août 2019 at 12 h 11 min . Reply

    La réponse faite à Mona dépasse et de combien tes œuvres précédentes, Villa Dampierre, Plus jamais nulle part et autres. Une question qui a obsédé ton personnage principal toute sa vie est une idée bien plus forte que celles qui ont guidé les précédentes intrigues que tu avais jusque là imaginées.

  17. Pierre C.
    Pierre C. 19 août 2019 at 20 h 18 min . Reply

    Je viens de commencer la lecture de La réponse faite à Mona, face à l’océan (en suis à la page 60). Quelques mots à chaud de cette immersion dans le roman :

    Comme l’océan, et son irrépressible mouvement de va-et-vient, la mémoire du narrateur, dans ses allers-retours entre passé et présent, laisse se déposer sur le rivage de la page blanche des perles d’enfance enchantées, des coquillages sculptés par les passions et les amitiés de la jeunesse, et une étoile de mer aux branches envoûtantes et sensuelles…

  18. Françoise B.
    Françoise B. 20 août 2019 at 12 h 14 min . Reply

    Même perplexité à cette seconde lecture devant l’ambiguïté ressentie par cette construction en abîme d’un écrivain Serge Fourastié écrivant un roman à la mode d’un feuilleton du XIX ème , écrivain qui reprend les thèmes des écrits de Raymond Espinose dans Lisières et Distances.

    D’autant que ce Serge désamorce lui-même les critiques qu’il sait que ses éditeurs et lecteurs risquent de lui adresser tant sur la construction de son roman que sur la répétition de ses thèmes favoris ; et ce à plusieurs reprises : rencontre avec son débonnaire premier éditeur, autocritique joliment formulée sur la construction « étoilée » de son roman, belle image de sa « malle aux souvenirs », livre « qui n’est pas structuré. » Il zigzague comme Mitterrand… ( page 127) ; « c’est le propre des gens ivres » ; (ivres de quoi ? quand on ne boit plus…) On se fait à ce va et vient de souvenirs, à ce rythme de flux et reflux, à ce livre « mi-confession, mi roman vécu ».

    1. L’intrigue romanesque

    Elle démarre sur une question posée par Mona : « Qui es-tu ? », question tronquée qui permet les retours sur le moi de Serge Fourastié ( arrière- plan R.Espinose) se livrant littérairement à cette anamnèse . Toutefois, question complétée par la suite ( p 142)« Mais qui es-tu pour me parler ainsi, pour te permettre de vouloir me retenir ? Quels droits penses-tu avoir sur moi ? » ; le sens devient alors fort différent  devenant « ton amour m’étouffe. » Et cela n’attend pas de réponse.

    L’intrigue avec ses rebondissements me semble assez abracadabrantesque : le changement d’éditeur, le paquet de Gitanes, la relation étrange Mona- Dimitri, toutes ces femmes homosexuelles, même le dénouement à cette intrigue …

    Et l’auteur R. Espinose sent quand son lecteur s’égare dans cet embrouillamini, comme un auteur de polar résumant le point de l’enquête, il recadre en capitales l’intrigue ( p 84), fait des synthèses.
    En fait, ce n’est que prétexte à ce qu’inlassablement R Espinose écrive, écrive comme il respire, peut être son seul moyen pour respirer, écrive sur tout, sur son amour de la littérature , plus exactement sur ses nourritures littéraires, écrive sur sa manière personnelle ( son éthique volontariste) pour tenter d’être un homme ferme, droit, libre devant la vie (anarchiste individualiste), écrive sur son passé recomposé,( le père, le frère, la mère, le cousin, l’oncle…) sur ses engagements idéologiques, ses convictions… Toujours écriture du moi, la fiction autobiographique. « patchwork où le difficile à dire rejoint le difficile à vivre ».

    2. Les personnages 

    Mona : l’India, belle, froide, silencieuse, mystérieuse, distante, hiératique, énigmatique, invulnérable, machiavélique ( ?) cf :page 59 «  je crois que je pourrais faire d’elle ce que je veux » , et homosexuelle assez affirmée. Androgyne, selon certains. Surtout le double féminin du jeune Serge « la jumelle androgyne qui nous ressemble et nous rassemble » ( très belle entrée de la mythique Mona page 40 qui est « la moitié idéalisée » à laquelle nous avons tous rêvée, que ce soit au masculin ou au féminin). Jumelle revendiquée, il joue sur la ressemblance physique ; et clairement son double féminin, en même « airain », officiant dans son amphi canadien (page 157).
    Il y a de très beaux portraits de Mona.

    Serge : le jeune, le vieillissant …

    Superposition de Serge et de Raymond.
    Le « je » choisi par l’auteur est à séparer du « je » narrateur, n’est-ce pas ?
    Pourquoi, dans ce roman avoir créé Lorraine ? Elle ne sert pas à l’intrigue romanesque.
    L’appétence de Fourastié me donne l’impression de réduire considérablement la personne de Lorraine : une « gamine avec (des) débardeurs de moussaillon encore vierge ». Fourastié n’est plus un séducteur mais apparaît alors vaguement prédateur, usant (tant bien que mal) d’une aura intellectuelle il faut bien le dire un peu raccornie. On est dans un au-delà de l’amoralité, mais à peine. Technique d’approche apparemment rodée cependant et dont Serge (c’est sa nature) s’enorgueillit, frétillant : «  qui me dit que la jeune cavale est farouche ? ».
    Aussi, autant j’aime le grand jeune homme courant nu dans la nature, le sexe dressé (page 74); autant j’apprécie l’homme discret et respectueux de l’intime, autant ce Serge là me déplaît.

    Ceci dit, Serge est bien attachant, voire émouvant au final. Car il a vécu une vaie passion, attiré par ce double de lui même qui le déstabilise. Jaloux, il reste hanté par le souvenir de cet amour fou, exacerbé par le mystère qu’il se plaît à cultiver avec son imagination d’écrivain. ( cf page 108) . Il chante sa passion en beaux lamentos ( pages 83 ), en poésie (pages 91,92 « Poème inscrit pour la vie sur la tablette de mes souvenirs brûlants. Union, fusion »), Et puis, il découvre qu’il a quelque peu été manipulé pour se dire, et qu’en chantant sa passion, il a écrit un livre avec le « foutoir de sa vie ».

    Et son écriture est noire, porteuse d’angoisse car les réalités se brouillent, s’embrouillent : richesse de sa passion de deux ans « notre histoire » côtoyant « l’Histoire qui accompagna nos vies individuelles… mariages, enfants, professions ». C’est en effet « déconcertant » ces échelles renversées.

    Angoissant, ce temps qui avance et sème la mort « ma vie devient la chronique d’une mort annoncée » (page 152) ; et angoisse devant la « fatalité tragique » de la condition humaine (page 169).  « Pourquoi faut-il que tout finisse ? »(page 188)
    Mais dans ce roman, apparaît un homme auquel la vie apprend un sentiment qu’il ignorait : l’humilité. L’orgueilleux Serge découvre une once d’humilité. Il ne pense l’apprendre qu’associé au sentiment d’une impuissance ou de l’entrée dans la vieillesse. Est-ce là son livre « mi-confession » ? (page 185). Il l’apprend grâce à sa femme dont il a si peu parlé.

    J’ai aimé le final, ( très beaux passages hors résolution intrigue),le retour de cet homme fatigué par sa nuit de cogitations, son ego quelque peu humilié, s’en revenant à la maison et qui, au fil de ses pas, se régénère au soleil levant comme un éternel grand adolescent.

    3. Les autres personnages 

    La Merteuil : un bien grand nom pour son insignifiance, si ce n’est de se retrouver dans le lit de Serge et vendre la mèche.
    Idem pour Marlène Gibert.
    Dimitri ne m’a guère marqué : ami fidèle et lointain, assez mystérieux, prétexte à parler de Cadaquès. Pourtant, c’est lui qui prononce l’anodine petite phrase « on s’en sort toujours par l’amour d’une fille » (page 105).

    4. L’écriture 

    Tu assumes avec fermeté ton amour et ta maîtrise de la langue classique, quitte à provoquer le sourire avec des imparfaits du subjonctif et l’emploi du passé simple. C’est une vraie provocation de ta part lancée à ton lecteur du XXI siècle. Je sais que c’est volontaire de ta part mais il me semble que parfois l’effet n’est pas toujours phonétiquement heureux. Idem pour le vocabulaire parfois d’un « soutenu poudré » dirai-je : « se sustenter ». Oui, tu assumes ce côté un peu désuet. Mais, c’est vraiment pointer un infime détail devant ta prose.

    Tes séquences sur ton enfance, ton adolescence, ta jeune maturité sont des tableaux de famille, de paysages regardés quelques secondes mais qui nous ramènent et nous plongent dans le passé. La distance est bonne, ce n’est pas pesant, c’est bien brossé, comme patiné par le temps. L’émotion émerge pour ton lecteur. Il y a des bulles d’éternité dans tes évocations du passé. Cela vient aussi certainement de ma façon de lire : par exemple la page 35, pourquoi ai-je remarqué ce passage « Geste qui, avec le recul du temps (…) accompagner la bouillabaisse » ?
    Je me rends compte que je termine cette page sur une remarque insignifiante ; peut être que «  ces bulles d’éternité » sont –elles les plus importantes…

    5. Autres observations diverses.

    Sur la « cristallisation » chez Stendhal ; c’est à la naissance de l’amour et non lié à l’éloignement. On pare l’être aimé de mille perfections, comme « un rameau effeuillé par l’hiver » s’enrichit de « cristallisations brillantes, d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants » et ce bien loin de la réalité. Serge Fourastié a cristallisé à posteriori.

    Le corps, le cœur, l’esprit ne se déplacent pas à la même vitesse sur le curseur du temps. Comment trouver sa juste place ?

    Oui, la vie est dure … mais elle peut être aussi si belle, si riche.

  19. Rémi B.
    Rémi B. 20 août 2019 at 13 h 25 min . Reply

    Je n’ai lu qu’une vingtaine de pages de Mona, et j’ai l’impression que ce roman va me plaire, parce que j’y retrouve déjà l’impression de mystère donnée par la couverture. Et bien que j’ai fait comme toujours une pause dans ma lecture, j’ai envie de la reprendre au plus vite.

  20. Phil Sab
    Phil Sab 17 septembre 2019 at 16 h 22 min . Reply

    Une fois de plus, dans son dernier roman, Raymond Espinose nous parle de  » l’humain », l’un de ses thèmes de prédilection comme il aime à le répéter lors de conversations entre amis.

    Mona est le prétexte à une réflexion sur la jeunesse parfois idéalisée par le narrateur mais aussi sur le rapport à la nature et les mystères de l’amour fou.

    A travers ses personnages l’auteur convoque le passé avec une certaine nostalgie qui ne nous surprend guère ; nous sommes une fois de plus plongés dans ce » midi » qu’il aime tant avec ses outrances, ses étés torrides et ses nuits sans sommeil.

    Mona est-elle uniquement un personnage de fiction ?
    Poser la question c’est réaliser que l’auteur a réussi à nous interpeller, à nous faire douter de son existence.

    Nous sortons de la lecture de Mona certes un peu perturbés mais c’est cela, en fait, qui nous plaît.

    Une fois de plus Raymond Espinose réussit à nous surprendre. Pas de doute, ce roman ne sera pas le dernier .

  21. Arnaud B.
    Arnaud B. 19 septembre 2019 at 20 h 36 min . Reply

     » … ce roman me laisse une impression anxieuse, un trouble indéfini… »
    et
    « … nous sortons de sa lectures un peu perturbés… »

    Simplement, sans doute, des lecteurs qui ne parviennent pas à séparer complètement l’auteur et l’homme / l’ami.

  22. Corine E.
    Corine E. 3 octobre 2019 at 10 h 09 min . Reply

    J’ai presque terminé ton roman, bien accrocheur.
    Entre autobiographie et mystérieuses questions existentielles, le suspense me tient !
    Comment vivrai-je la chute ? Je te dirai ça bientôt.
    Mon incorrigible déformation professionnelle m’a inspiré quelques réponses aux questions concernant la relation du narrateur au père.
    Nous pourrons en parler si tu le souhaites. Sans pathos, je te rassure !

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