La réponse faite à Mona

Couverture du roman de Raymond Espinose, La réponse faite à Mona

Mo­na, ce pour­rait être la pas­sante, celle qu’on eût ai­mée ; la fu­gi­tive beau­té, celle qui porte notre jeu­nesse en al­lée : les an­nées soixante et soixante-dix, les nuits blanches de Mont­pel­lier, ses rues éc­ra­sées d’été, les ca­fés, les iv­resses étu­diantes, les li­b­rai­ries, la lec­ture d’Apol­li­naire et de Vian, la plage, les paquets de Gi­tane sans filtre, les chan­sons de Fer­ré et le jazz de Col­t­rane.
Mais ce n’est pas que ce­la, c’est en ef­fet aus­si une ré­ponse ; la ré­ponse qu’on fait à la vie, qu’on au­ra faite à la vie, ap­rès qu’elle a pas­sé.
Et cette ré­ponse se­ra la vo­lon­té inexo­rable, sans ja­mais dé­ro­ger, de s’être ap­par­te­nu ; tan­dis qu’elle se­ra au­tant la lit­té­ra­ture, l’éc­ri­ture et la lit­té­ra­ture, comme dis­ci­p­lines, comme via­tiques jus­te­ment.
Et alors tout re­vien­d­ra à nou­veau : les grands étés, puis le vi­sage de Mo­na qui se ré­vèle à la lueur d’un briquet, et dans lequel on con­tem­p­le­ra l’ordre du monde, l’har­mo­nie re­t­rou­vée.

12 Comments

  1. Franck
    Franck 12 août 2019 at 21 h 36 min . Reply

    J’ai commencé les premières pages de Mona. Tu nous ramènes dans les belles années 70, Le Bousquet d’Orb, Montpellier, où tous nous vivions dans une belle insouciance.

  2. Sylvain
    Sylvain 12 août 2019 at 21 h 40 min . Reply

    Aussitôt reçu, j’ai feuilleté Mona et suis tombé sur mon pseudonyme officiel, p. 151, en présentation de La ligne de force.
    Re-merci pour ce rappel, sachant que ce livre n’a que peu de lecteurs — mais trop serait un malentendu, n’est-ce pas ?

  3. Françoise
    Françoise 12 août 2019 at 21 h 41 min . Reply

    Ambiguïté de l’écriture de soi ou de toute écriture où, à vouloir se dire ou dire, on plonge — et peut-être se perd — dans son mystère, son insondable — ou un inconnu renouvelé.

  4. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 12 août 2019 at 21 h 44 min . Reply

    J’ai achevé la lecture de Mona. Félicitation. Pour moi, Espinose est toujours aussi passionnant. Mais c’est aussi peut-être parce que je dispose de clés pour lire entre les lignes…

    Mona est un livre encore plus autobiographique, nettement, que Plus jamais nulle part.
    Du coup, j’ai rouvert les Carnets. Pour que me soit confirmé qu’une partie du « roman » ( « roman », ça me fait tout de même bien rire) est déjà présente dans Lisières, et plus encore dans les « Dérives » de Distances. Par exemple, j’ai retrouvé dans Distances l’épisode des militaires débarquant sur la plage de l’Espiguette. Ainsi que la création du petit groupe « La Pléiade ». Et bien d’autres choses. En particulier Z., devenue Marie-Ange dans le roman.

    Les obsessions et les passions évoquées ne sont pas exclusives au personnage de ce roman-ci : Herbart, Stirner, Rey, Le Bousquet d’Orb, le passé anar, la CNT, Chartres, le prof de lettres qui court, ne boit que de l’eau, on trouvait déjà tout cela dans Plus jamais nulle part.
    Toujours repéré dans les Carnets : mentions de la rue Jacques d’Aragon, des Mélines, la fille du directeur de l’Hôtel de France, au Mont-Dore (Lisières). Bien entendu, qui n’a pas fréquenté le vieux Ray, passera à côté de ces réalités.

    Cette histoire d’anciennes amoureuses de Mona qui vont oeuvrer à ce que Fourastié écrive l’histoire de sa liaison avec elle – façon indirecte de lui répondre – n’est qu’un prétexte, un procédé… qui ne dérangera pas le lecteur à partir du moment où il pense être dans un roman, imaginant très bien cette belle et grande fille hiératique. Et puis, il aime les intrigues. Cet affrontement sourd : « Qui es-tu ? – Tu ne sais pas qui je suis. », le message dans le paquet de cigarettes, les liaisons canadiennes. Pendant un petit moment, je me suis demandé si Mona a existé…

    Plus généralement, ton livre me parle, comme les précédents. C’en est confondant. Nous avons une vision du monde tellement voisine… Une sensibilité, certes, mais aussi un regard sans concession sur ce qui nous entoure et nous questionne (goûts littéraires, littérature du Moi, retour de la pudibonderie, la liste est longue). Noté au gré de ma lecture quelques passages essentiels ou avec lesquels je m’accorde pour ainsi dire parfaitement.

    Ainsi :

    – p.73 : « La nature, les filles… » Très juste impression ! J’aurais aimé écrire cela.
    – p.76 : « Marie-Ange » ne lit pas tes livres. Ni tes filles. Encore un point commun avec moi. Nos proches ont-ils peur de nous, de ce qu’ils vont découvrir dans nos histoires et nos écrits intimes ?
    – p.78 : Le féminisme revanchard et revendicateur qui n’a (toujours) rien compris aux rapports hommes-femmes. Exact.
    – p.79 : Le café et les croissants chauds le matin, après une nuit de cuite à Montpellier (de mon côté : au Tiffany’s, Canécao, Esquinade, si mes souvenirs sont bons), pris au bar en face de la gare. Puis le footing au bois de Montmaur. De même la librairie Sauramps, sise alors en haut de la rue Saint-Ghillem. Tout cela, je l’ai connu !
    – p.80 : Cet accès de nostalgie : « Il me paraît inconcevable… » Je souscris encore.
    – p.97 : Jalousie, anarchisme. Comment concilier les deux, en effet ?
    – p.107 : « J’ai la passion des êtres… » J’éprouve le même élan. Et, tout comme toi, en particulier vis-à-vis des femmes.
    – p.119 : 10 mai 81. J’étais à Montpellier, ce jour-là. Avec mon naïf camarade qui avait voté la Mitte et s’imaginait que tout allait basculer. Un peu après, nous partions pour un tour d’Europe et les socialos, craignant les évasions fiscales, limitaient les sommes en liquide dont pouvaient se munir ceux qui quittaient le territoire. Nous avions plié nos biffetons dans les emballages de cassettes audio.
    – pp.138-139, la phrase : « Je l’avoue sans forfanterie… » Approuvé !
    – pp.181-182 : Ce que tu écris sur l’amitié est ô combien vérifié.

    – La phrase de Huguenin en exergue du livre ; je ne la connaissais pas. En voilà un qui s’assumait.
    – La Merteuil : Clin d’oeil aux Liaisons dangereuses ?…
    – Quid de De la déception pure. Manifeste froid, dont des citations débutent les chapitres ? Une allusion au Regard froid, de Vailland ?

  5. Franck Larrouy
    Franck Larrouy 12 août 2019 at 21 h 46 min . Reply

    Ton dernier livre m’a accroché dès les premières pages. Cette façon que tu as de nous promener d’une scène à l’autre… Quel art du mouvement !

  6. André Dedet
    André Dedet 12 août 2019 at 21 h 49 min . Reply

    Une lecture agréable avec une intrigue bien conduite. Au final du chapitre XII m’est venu à l’esprit ce joli vers de Verlaine  » Le clair de lune quand le clocher sonnait douze « , et puis après deux ans d’amour fou, Arthur, meurtri, après sa saison en enfer :  » Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher à cette heure  » ( » Nuit d’enfer « ). Il y a aussi quelque chose de diabolique que l’on présume avec le personnage de M. Merteuil : une liaison dangereuse.

    Après le final, retour en première page pour vérifier qu’il s’agit bien d’un roman. Si comme l’énonce le narrateur :  » Il est plus facile de se duper soi-même que de duper les autres  » (p. 60), sans doute cela est possible avec une autobiographie où l’on est censé avancer à découvert mais dans le roman on est au-delà de la duperie. Avance-t-on masqué ? C’est indicible. Le cartésien «  larvatus prodeo  » ne marche pas.

    (Les braves moines bénédictins italiens arrivant à Noncel (toponymie incertaine) ont amené le châtaignier qu’ils plantèrent en terre acide (carbonifère). Cet arbre délicat ne supporte pas le calcaire, ni les froidures du nord. Mais, privilège du romancier, Julien Gracq, néanmoins géographe et botaniste averti, nous pointe, du haut de son Balcon, un joli châtaignier dans la forêt des Ardennes : liberté du romancier qui n’est tenu, tout au plus, qu’à rendre son lecteur captif. Et pourquoi pas un oranger sur le sol irlandais ? Et  » un lac sur les pierres « ).

    Un paquet de Gitanes : sans parole perdue ou cachée il n’y a pas de quête. Le mythe de la parole perdue (Hiram) est primordial dans la franc-maçonnerie. L’approfondissement spirituel personnel se fonde sur la recherche de la parole perdue sans laquelle il n’y aurait pas de quête. C’est la recherche du Graal et de la Dive bouteille rabelaisienne.

    La parole retrouvée, le héros rentre à la maison.

    Et puis, une fois le héros retourné à la maison, je suis revenu à la couverture, avec un regard nouveau sur le cadrage gros plan de Zoé, une fille adoptée de type India

    Il y a toujours du déplacement dans le roman.

    Huit août 2019.

  7. F.L.
    F.L. 12 août 2019 at 21 h 51 min . Reply

    Rencontrant Mona, ton héros Fourastié tombe sur sur un os ; il a du mal à cerner cette fille. Et même plus tard, lors du départ de Mona pour le Canada, après sa question :  » Qui es-tu ?  »
    Tu nous régales, Raymond, mille fois merci.

  8. Françoise B.
    Françoise B. 12 août 2019 at 21 h 54 min . Reply

    Je salue ce travail d’écriture mené à son terme qui représente des heures de réflexion, d’hésitations, de rage, et je suppose aussi de douleur et au final de satisfaction apaisée.

    En t’écrivant, je me rends compte qu’il m’est difficile de dissocier Serge Fourastié de Raymond Espinose, d’autant que tu joues l’ambiguïté. En effet, Mona est un roman qu’est en train d’écrire un écrivain d’âge mûr, évoquant une passion de sa jeune maturité (27 ans) et qui répond, du haut de sa soixantaine sonnée, à la question posée par celle qui l’éconduisit :  » Mais qui es tu, au fond ? « . Or toute sa et ta vie personnelle sont celles d’un homme modelé et se modelant par la littérature, par l’écriture, sondant le passé en plongées successives, répétitives, presque obstinément, pour tenter de répondre à la question  » qui suis-je ? « .

    Je ne sais si Mona s’attendait à une si longue réponse et même si c’était une question à prendre au premier degré. Tu vois combien tu embrouilles la lecture… Je crois aussi que tu as toi même désamorcé les  » critiques  » potentielles de tes futurs lecteurs.

    Cela dit, il y a dans Mona de très belles et fortes pages et j’ai souri devant ta provocation lancée à tes lecteurs du XXI siècle en osant user l’imparfait du subjonctif.

  9. F.
    F. 12 août 2019 at 21 h 57 min . Reply

    Chacun de nous, tel le héros de ton roman, a rencontré un être qu’il n’a pu oublier à cause d’une question restée à jamais sans réponse.

  10. Fourcassié
    Fourcassié 15 août 2019 at 21 h 51 min . Reply

    Heureux, en découvrant Mona, de recevoir par son entremise des nouvelles poétiques de mon ami ; sans doute est-ce pour cela qu’il écrit.

  11. Jerome North
    Jerome North 16 août 2019 at 7 h 02 min . Reply

    Je vois ce roman comme une quête en apnée de soi avec ses gouffres (le père, la mère…) et ses soleils intérieurs (la jeunesse festive, Lorraine…). Avec l’individuel (la littérature comme ascèse, une sorte de jansénisme littéraire…) et le collectif (les présidences de Gaulle et Mitterrand…). Avec la poésie (des lieux, de la vie même) et l’idéologie (communisme, anarchisme…). Au final un roman-somme, un livre-vie…
    J.N., 16 août.

  12. Bruno Robaly
    Bruno Robaly 16 août 2019 at 20 h 35 min . Reply

    Sur le site LA REPUBLIQUE DES PYRENEES :
    https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2019/08/15/la-reponse-faite-a-mona-le-nouveau-roman-de-raymond-espinose,2591

    Avec « La réponse faite à Mona », son nouveau roman, Raymond Espinose remet son double Serge Fourastié en selle et part à l’assaut de sa forteresse intérieure avec de nouvelles ambitions : faire résonner les silences, fouiller les non-dits et les mensonges, arranger des souvenirs « qui s’entrechoquent dans le plus grand désordre », et répondre à la seule question qui vaille, que lui a tendue – il y a si longtemps – la mystérieuse Mona comme un miroir avant de disparaître : « Mais au fond, qui es-tu ? »

    Dans ce leitmotiv lancinant réside toute l’énigme, l’essence de ce « livre mi-confession, mi roman vécu. » Deux cents pages envoyées au vent, à toutes fins utiles – comme un ultime jeu de séduction, peut-être… Fourastié-Espinose lui-même s’interroge, au détour d’une page : « Tout-à-fait entre nous : ça vous intéresse vraiment cette histoire… Enfin… mon histoire ? »

    Car Raymond Espinose ose désormais une autodérision qu’on ne lui prêtait guère jusqu’ici, notamment quand il fait dire à Pierre Delahaye, l’éditeur de Serge Fourastié : « Tu nous « sors » la même chose depuis trois décennies. » Et l’auteur d’en convenir : « Au fond, je raconte toujours la même histoire, avec des personnages à peu près identiques. »

    Aujourd’hui, Raymond Espinose s’en amuse, sans faire cas de la couverture,
    jouant de petits décalages : au glissement des capitales des prénoms et noms de l’auteur et de son double s’ajoutent les déclinaisons des titres, la bibliographie de l’un étant l’écho ludique de celle de l’ « autre ». Même Pau, une partie du décor de l’ouvrage, n’est plus aussi travestie qu’avant.

    Raymond Espinose n’est plus, également, dupe de ses tics d’écriture, de langage. Il assume ses ses appétences sensuelles et sexuelles d’un autre temps (le mitan du XXe siècle, une éternité). « Je ne suis pas un homme du passé. Mais, c’est vrai, il arrive que le passé me saute au visage », fait-il confesser à son Serge.

    Le second degré permet souvent d’éviter les écueils – tant pour l’écrivain que pour le lecteur. Le style aussi a cette vertu. Le style, c’est d’ailleurs la seule fidélité à laquelle s’attache Raymond Espinose – et nous savons que c’est chez lui un exercice quotidien, un entretien scrupuleux. Car il s’agit d’être d’attaque quand l’objet de la quête est rien de moins que « le sens de l’être féminin », ou l’écho de cette « jumelle androgyne qui nous ressemble et nous rassemble » – un relief du Banquet de Platon, accommodé à toutes les sauces depuis des millénaires.

    Alors, ce style hors du temps et cependant agile court après une jeunesse enfouie, une parole perdue que l’on cherche en vain – et qu’importe le message secret qu’a laissé Mona dans le paquet de clopes qui a échappé à Fourastié ! Espinose, lui, a pris bonne note de l’injonction de Nadja à Breton : « Prends garde, tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste. »

    Léo Ferré, Barbara, quelques titres de be bop, servent de bande originale à ce retour aux sources – du mal ou du bien, on s’en moque. Raymond Espinose est né en 1949 et n’avait pas vingt ans lors du fameux Printemps : « Notre vie, notre « vraie vie », prit fin cinq ans après mai 68 » souffle son double. C’est ici que tout se joue, même si l’épilogue attendra 1976, un millésime de sécheresse, aux tanins terribles. Tout un symbole.

    Un demi-siècle plus tard, Raymond Espinose est-il resté « l’anarchiste individualiste [qu’il était] à 17 ans » ? Chacun se fera son avis… Une certitude, cependant : à 70 ans, il ne peut toujours pas cacher ses agacements, voire ses colères, face au « système ». Ni ses interrogations face aux « hommes à tiroirs » alors que lui ne se rêve qu’en bloc brut, affranchi des scies et des rabots de notre société, imperméable à l’âge, révolté face à l’époque. Ecce homo.

    Il est d’ailleurs amusant de noter que l’écrivain fait encore (et toujours) l’éloge de Sartre à l’heure où l’état du monde impose plutôt de lire Camus. Heureusement, il cite Nietzsche, Henri-François Rey ou Pierre Herbart, des lignes de force qui l’unissent à ses amis, au-delà des querelles idéologiques et des modérations de commentaires.

    Enfin, « La réponse faite à Mona », ancrée à son terroir, révèle un Raymond Espinose brûlé aux « passions froides » et sevré d’alcool fort, qui préférera toujours un couchant sur l’Orb aux lueurs de soleils lointains, pour ne pas dire exotiques. Patiemment, pourtant, il crée son espace dans ce petit périmètre. Et chaque livre fait entrer un peu plus de lumière dans cette caverne, matrice de bien des mythes, que l’écrivain n’a visiblement pas fini d’explorer.

    Ses amis sont ainsi rassurés : malgré les apparences, cette « réponse » ne peut avoir valeur de testament. Même à maturité, trop de questions restent ouvertes.

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