La vacance

La vacance, roman

 Éditeur :  Orizons, Paris, 2020

Années 71-72. On jouait au flipper dans l’arrière-salle des bistrots et il était encore permis de fumer dans les bars et les boîtes de nuit. Dans les salles de cinéma, on projetait Mourir d’aimer.

La première partie du roman montre le personnage principal à la recherche d’un équilibre, dans un monde (et des temps) où la liberté donnait le vertige. La deuxième partie propose une peinture du milieu enseignant « engagé » : caricature de professeurs militants (notamment maoïstes), liberté sexuelle de principe, course au bonheur semée d’embûches.

Si dans La vacance, roman publié une première fois en 1980, on s’aperçoit que quelques traces d’influences demeurent — lectures de jeunesse d’écrivains classés « à gauche » —, en vérité la fiction est transcendée par une écriture déjà personnelle.

Quant aux thèmes de prédilection de l’auteur (les efforts pour accéder à l’autonomie de l’être, la volonté de s’appartenir pleinement), ils apparaissent déjà avec netteté.

12 Comments

  1. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 12 juin 2020 at 19 h 35 min . Reply

    La vacance, c’est Fourastié avant qu’il ne se « prenne en main ».
    Emporté par ce vent de liberté sur lequel aujourd’hui on ne veut pas porter de jugements mais qu’on est heureux d’avoir connu.
    Comme le narrateur parle de Chartres et que l’auteur y a vécu, on peut penser que cette histoire n’est pas tout-à-fait une fiction.
    Je note quelques clés dans ce premier volume de la saga.
    Le personnage apparaît plus soucieux de sa santé dans les romans suivants.
    Mais toujours adepte de jeunes beautés.
    Bref, ce qui reste, c’est le meilleur.

  2. Bernard C.
    Bernard C. 12 juin 2020 at 20 h 51 min . Reply

    Pour ce qui concerne l’engagement du milieu enseignant des années 70, je ne sais pas ce qui est le plus à blâmer du militantisme maoïste de l’époque ou du soutien macroniste de beaucoup de collègues actuels…

  3. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 15 juin 2020 at 20 h 13 min . Reply

    La renaissance d’un ouvrage tient finalement à peu de choses. Tout d’abord, il y a la volonté de l’auteur de redonner vie à son premier roman écrit il y a quasiment un demi-siècle et édité à l’époque avec les moyens du bord. Enfin, il y a désormais cette édition presque luxueuse réalisée par Orizons, une maison où Daniel Cohen aime à confectionner de beaux ouvrages.

    Il s’agit donc d’une relecture et je dirais même qu‘elle est presque réservée à tous ces jeunes qui avaient 20 ans en 1968 et qui flirtent maintenant avec leurs 70 ans voire plus pour certains. Aussi, le parcours de Fourastié, le personnage principal du roman, fait écho à cette période étonnante empreinte de liberté et de fantaisie.

    Pour toute cette génération, ce roman est un accélérateur de souvenirs heureux, un antidote à la morosité ambiante actuelle. Une plongée dans un bain de jouvence saisit le lecteur acteur de ces années-là. Cela procure un regain de vitalité et cela fait littéralement rajeunir.

    En refermant cet ouvrage de jeunesse, une onde de nostalgie nous submerge aussi et nous laisse rêveurs. Nos propres souvenirs de l’époque remontent alors à la surface de la mémoire.

    En fait, La vacance est le roman d’une période privilégiée, joyeuse et insouciante pour la plupart d’entre nous En la circonstance, La vacance ne laisse rien de vacant et nous conduit même à une sorte de débordement avec cet afflux de souvenirs dont certains surgissent parfois à l’improviste.

  4. Fourcassié
    Fourcassié 15 juin 2020 at 21 h 52 min . Reply

    C’est une excellente idée qu’a eue l’éditeur de republier cet ouvrage, un demi-siècle après sa parution, et que l’Auteur ait accepté de se plier à cet exercice qui est souvent périlleux ; se relire (il aura bien fallu valider les épreuves) est parfois une épreuve, le présenter à la (re)lecture de certains, n’est pas sans risque. Eh bien, l’exercice est réussi, il est même utile pour les générations qui ont suivi. Merci.

  5. Bruno Robaly
    Bruno Robaly 19 juin 2020 at 9 h 24 min . Reply

    « La vacance », un roman de genèse

    Raymond Espinose ressort à l’arrivée de l’été La Vacance , premier roman terminé voici quarante ans après quelques années de gestation itinérante. Cette vacance, c’est celle du désir, de l’équilibre, de l’espoir, de l’amour – mais ici, rien n’est moins sûr : il y a beaucoup de succédanés. Ouvrage singulier, comme l’est toute genèse. Ouvrage séminal, donc, qui aurait aussi bien pu s’intituler « Le Germe », car nous y découvrons, pour la première fois, tout ce qui constituera ensuite, à maturité, l’œuvre de l’auteur, dont ce style qui semble être sa seule fidélité, ou ce tropisme pour les « petits seins » (de bakélite ?), les « lianes », les « sylphides », archétypes espinosiens par excellence.

    Pour la première fois, aussi, nous croisons l’auteur et son double, Serge Fourastié, que nous suivrons au fil des décennies, dans d’autres ouvrages, de Charybde en Scylla. Les vicissitudes de la vie, en somme. Ici, l’un et l’autre sont trentenaires mais encore en pleine adolescence, avec quelques troubles existentiels comme autant de points noirs. A défaut d’acmé, une forme d’acné métaphysique que ni l’alcool, ni le sexe, ni l’amitié ne peuvent guérir facilement. L’aspiration à une totale liberté conduit au bord du gouffre – Charybde ; la quête de la beauté conduit (comme chez Maïakovski) le bateau de l’amour de la vie à se briser sur les rochers d’un quotidien trivial – Scylla. L’odyssée commence, comme une évidence, sous les feux de la Méditerranée, et s’achève dans la lumière humide de Chartres.

    Serge Fourastié n’est pas Gabrielle Russier et La Vacance n’est pas Mourir d’aimer , même si nous suivons les tribulations d’un professeur de lettres devenu professeur du désir (comme chez Philip Roth, le désir arrive ici en tête des occurrences), « stirnéo-nietzschéen », éternel insatisfait, à la fois fier (parfois) et malade (souvent, jusqu’à la nausée) de l’être, en quête d’une forme d’équilibre, ou plus sûrement de lui-même, faute de mieux. Il faut bien combler, coûte que coûte, ce « petit vide en soi »… Raymond Espinose souligne bien le mobile, c’est-à-dire l’enchaînement des causes et des conséquences : c’est en partie ce qui définit un roman, et plus particulièrement celui-ci.

    Dans sa préface, écrite aujourd’hui après le retour d’un certain ordre moral, Raymond Espinose marque, notamment par l’emploi de la troisième personne (du singulier, forcément), une certaine distance, certes affectueuse, voire nostalgique, avec cette première tentative qui fait revivre un temps où Brassens sortait encore des disques (oui, des 33 tours en vinyle…) et Léo Ferré hurlait « Ni dieu, ni maître » face à des foules de drapeaux noirs et des barbus suçant des Gitane maïs. Nous saurons gré à Raymond Espinose d’avoir parfaitement saisi cette époque, si lointaine et pourtant si proche, et un milieu qu’il connaît bien. Nous savons aussi, comme lui, que la chaleur d’un corps est le meilleur des réseaux sociaux.

    Un sourire clôt le livre mais le temps passé (perdu ?) lui a enlevé la perle de la rosée du matin. Peut-être est-il, de nos jours, coupable d’avoir une telle innocence. La norme a chassé les désirs de la marge. Heureusement, Raymond Espinose s’en moque : il suit son propre chemin. Quitte à rester seul, face à la vacance. C’est là le poste qu’il s’est pourvu.

  6. Philippe Sabot
    Philippe Sabot 26 juin 2020 at 11 h 13 min . Reply

    Ce roman nous plonge bien sûr dans les années post 68 avec ce vent de liberté qui parfois  » donnait le vertige  » comme le précise l’auteur .
    Mais ce qui est intéressant dans ce premier livre , me semble-t-il , c’est de voir comment le narrateur se débrouille avec cette époque , comment il essaie de lutter en permanence contre les vents contraires qui agitent sa vie d’éternel angoissé .
    J’ai aussi aimé les accents poétiques dans le récit de la rencontre amoureuse et des ébats en pleine nature lors des vacances dans le « cher midi « .
    Enfin le thème du désir si bien assumé est habilement développé en tant qu’élément essentiel de  » la vraie vie  » évoquée par Serge Fourastié .
    On voit déjà poindre les thèmes existentiels qui animent la réflexion de l’auteur et qui seront développés dans les ouvrages de l’âge adulte .
    Phil S .

  7. Arnaud Bordes
    Arnaud Bordes 29 juin 2020 at 20 h 03 min . Reply

    Ce pourraient être les vacances, ces grandes vacances que furent peut-être les années 70, où on écoutait Léo Ferré, où à la radio passait « Another Day », où on se faisait un devoir d’être libre. La poésie était politique et la politique poésie. Et puis les filles étaient belles, plus belles d’être émancipées, tandis qu’on dansait et faisait la fête, et que les terrasses des cafés étaient toujours ensoleillées – tout était ensoleillée à l’époque : le soleil de mai 68 brillait encore.

    Mais dans ces vacances, il y a, qui s’ouvre, un vide, une façon de précipice – une vacance donc : qu’on sait ou qu’on pressent. Et c’est alors comme une quête existentielle, une recherche de soi, afin de la combler cette vacance, sinon de la comprendre. L’être et le néant ?

    Roman de formation, roman de (la) jeunesse, La Vacance appose déjà, comme autant de sceaux, les thèmes premiers de l’auteur : la liberté (qui est volonté de s’appartenir, de n’appartenir qu’à soi), la discipline intérieure, l’amour, la littérature, et la vie tout simplement, dont le sens serait encore de la vivre.

    Cette vie qui aura passé, qui passe et défile sous le style impressionniste
    et à la fois réaliste de Raymond Espinose. La nostalgie n’en est pas non plus absente.

  8. Caro S.
    Caro S. 2 juillet 2020 at 14 h 06 min . Reply

    Belles d’être libérées, oui, peut-être l’étions-nous. En tout cas, plaisirs, aventures, je ne regrette rien des relations vécues durant ces merveilleuses années 70. J’étais jeune alors, quinze-seize ans, mais je ne pense pas les avoir vécues en gamine naïve, innocente ou inconsciente.

    Inexpérimentée, oui, c’est vrai, je l’étais. Mais je ne peux pas dire que mes relations n’étaient pas « consenties ». Aussi le retentissement du livre de madame Springora m’inquiète : les adolescentes ne seraient donc que de petites idiotes qu’il faut protéger comme des petits animaux fragiles et inconscients ?

    En tant que femme libre et en regard de ce qui passe actuellement (retour à l’ordre moral, pudibonderie, puritanisme), j’avoue être assez pessimiste quant à l’avenir de l’émancipation des filles.

  9. Pierre C.
    Pierre C. 6 juillet 2020 at 13 h 38 min . Reply

    « Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
    D’où jaillit toute vive une âme qui revient.
     » (Ch. ßaudelaire)

    En débouchant le flacon de parfum La vacance, tout un monde dormant sagement s’est mis de nouveau à vibrer, exhalant ses couleurs, ses sons, ses folies, ses enthousiasmes et ses mélancolies, dans l’air frais et estival de ma lecture ; ce fut assez pour m’exclamer : tiens ! voilà un temps retrouvé.

  10. Françoise Lapierre
    Françoise Lapierre 27 juillet 2020 at 18 h 53 min . Reply

    Raymond Espinose revient sur un écrit de ses trente ans et a voulu republier ce premier roman. Démarche surprenante et risquée ; il assume ce qu’il fut et ce qu’il est devenu comme si le cercle de Serge Fourastié était bouclé.

    Le titre La vacance évoque un espace, un temps libre ; c’est aussi une béance, un vide à combler. Et le lecteur est alors embarqué dans le bateau ivre qu’est Serge. Serge et ses multiples visages, ses euphories, ses ivresses, ses angoisses, sa profonde solitude peuplée de filles qu’il aime gloutonnement, généreusement et ponctuellement, ses idéaux de grand adolescent, ses incohérences, ses illusions…

    Serge est exalté en cette vie où il navigue  » et les Péninsules démarrées / N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants  » ( Rimbaud) mais en même temps, extrêmement lucide jauge  » l’impressionnant carnaval affectif où il se débat dans le désordre et la démesure « . C’est dangereux, ainsi le juge t’il, tant pour son physique que pour son âme. Oui, le mot apparaît à la page 112  » une eau grise et sale comme mon âme « .

    Serge sait qu’il flirte avec le pire, avec son rêve de  » l’ultime voyage  » ( page 84) ; Serge sait aussi qu’il ne trouvera pas la liberté dans l’ivresse ou dans la fuite ; il est  » ce solitaire qui ne s’exprime jamais aussi bien que lorsqu’il s’adresse à son miroir. J’aime qui me ressemble  » . Ce n’est pas que du narcissisme, en fait, c’est la question fondamentale dans laquelle Serge se débat : qu’est ce que l’amour ?

    La vacance un roman psychologique aux couleurs heurtées, roman incisif par la précision de l’écriture qui parfois peut se faire poétiquement douce.

  11. Bernard Castagnet
    Bernard Castagnet 31 juillet 2020 at 7 h 15 min . Reply

    J’ai lu ce livre avec un très grand plaisir et le membre de l’Éducation Nationale que j’ai été a aussi retrouvé dans la deuxième partie de l’ouvrage diverses situations vécues personnellement.

    Plaisir d’abord de trouver affirmées des positionnements libertaires: la seule liberté est la liberté intérieure, le respect de la parole donnée, la recherche de l’épanouissement et de la souveraineté de l’individu…

    A plusieurs reprises, des réflexions que l’on croirait tirées de l’ « An 01 » de Gébé avec son slogan « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » : planter des arbres, réduire le temps de travail et le rôle de l’État …

    Un certain culot aussi d’oser mettre en cause dans les années 70 l’injonction de ne pas malmener les Maîtres ( Foucault, Lacan) avec surtout une sacrée lucidité : la récupération de leurs travaux dans les universités américaines ne conduira-t-elle pas à la fameuse (fumeuse?) « French Theory» qui influencera fortement la gauche française jusqu’à la transformer en « gauche acéphale » selon Onfray ou en « gauche folle » selon un copain à moi ?

    Concernant l’Éducation Nationale j’ai retrouvé l’angoisse des mutations, le malaise lors de la première rencontre avec une classe, le plaisir de jouir d’une certaine liberté en évitant au maximum de participer à la transformation des élèves en citoyens bien lisses.

    Les maoïstes des années 70 seront alors remplacés par des porteurs de badge « Solidarnosc » ou « Touche pas à mon pote »…

    Une lecture réjouissante donc mais accompagnée d’un certain malaise lié au constat de la triste évolution de notre société depuis les années 70 et particulièrement dans la dernière décennie.

  12. Remi B.
    Remi B. 26 août 2020 at 9 h 07 min . Reply

    Ton dernier roman, qui est aussi le premier, m’a aidé à mieux comprendre les précédents. Le personnage de Fourastié me paraissait en effet étrange, presque antipathique, et éloigné de son auteur me semblait-il.

    J’ai eu un vrai plaisir à découvrir dans ce livre quelque chose qui me manquait pour bien saisir les situations psychologiques, affectives, et sociales que le protagoniste traverse à nouveau ou déjà dans « La vacance » : une sorte d’insouciance et de légèreté, sa jeunesse qui contraste tant avec le ton plus austère des périodes à venir, et peut-être le justifie.

    Enfin une question que je me suis plusieurs fois posée au cours de la lecture : en quels points cette version diffère-t-elle de l’originale ?

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